GG VIKEY: Un souffle qui s’amenuise…

Posté le 15 juin 2010

Antony, banlieue sud de Paris.

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A la sortie-est du RER, juste après la gare de bus, se dresse un bâtiment blanc, l’hôpital privé d’Antony, éclairé par un soleil presque estival. Dans cet après-midi de 3 juin, Georges Vikey, le fils aîné de la famille me conduit dans cet établissement où son père est interné depuis près de six mois. J’ai connu Georges par le net, dans un message envoyé sur mon blog où je tentais de reconstituer la vie de GG Vikey, peu disert sur ce qu’a été son parcours artistique. Depuis, nous sommes devenus amis et à chaque passage à Paris, je lui demande des nouvelles de son père.

Ce jour-là, il a décidé de m’emmener le voir et constater par moi-même l’évolution de son état.  Dans cet hôpital privé où, paraît-il, les soins sont d’une extrême efficacité, tous les espoirs sont permis. 

Au deuxième étage, nous empruntons le premier couloir de droite. Les numéros de chambres défilent en decrescendo. Au 112, Georges s’arrête, jette un œil par la porte entrebâillée. « C’est ici », me dit-il. 

Au fond de la pièce, sur un lit au chevet sanglé, est étendu un petit corps amaigri enveloppé aux trois quarts de blanc. On se consulte du regard. Une infirmière qui passait dans le couloir nous invite à y entrer. D’ailleurs, c’est l’heure des visites. Lentement et avec beaucoup de précaution, nous franchissons le seuil de la pièce. C’est une chambre individuelle équipée de sonnerie, de poste-téléviseur et de tous les gadgets pouvant permettre d’alerter les infirmiers sans effort. GG Vikey, méconnaissable sous tous les angles, est endormi. Il est pâle, vieilli, avec de grosses poches sous les yeux, des bajoues près du menton. Mais comme un enfant qui dort, il a l’air serein. Georges l’appelle, mais n’ayant pas de réponse, il lui prit la main et, légèrement, le secoue. Le geste est répété trois fois. Au bout du énième, le malade émit enfin un bruit sourd comme s’il grommelait, puis ouvrit l’œil droit. 

« C’est moi, papa », refait le jeune homme, « c’est Georges, comment vas-tu ? Tu arrives à bouger le bras ? Non ? Et le pied droit ?» Ses réponses sont inaudibles. Le fait-il exprès ou c’est parce qu’il est diminué par la maladie ? Au bout de l’échange, Georges lui signale ma présence. 

« Couao-Zotti », réagit-il aussitôt, « ça va ? ». Il me parle en mina, la langue par laquelle nous communiquons souvent. Ses mots sont hachés, faibles, mais restent d’une grande lucidité. 

« Il ne faut pas le fatiguer », me souffle Georges, « les grands malades ne supportent pas longtemps les causeries qui les usent». Le jeune homme a raison, il est temps de le laisser se reposer. Au même moment, GG Vikey a un petit sourire à mon endroit, me souhaite le meilleur et glisse de nouveau dans la somnolence. La visite a duré à peine un quart d’heure. En sortant de ce luxueux complexe hospitalier, je n’ai pu m’empêcher de me risquer à une comparaison : celle de GG Vikey que j’ai toujours connu debout, artiste éternel dont les mélodies inondent le cœur de millions de gens et ce malade impotent, méconnaissable et extrêmement fatigué que j’ai vu. L’artiste ne l’avait pas certes chanté, mais il le dirait volontiers : que « la maladie est le pire ennemi de l’homme ». Car les affections (crise d’hypertension, accident cardio-vasculaire, hémiplégie), ne l’ont pas épargné, lui qui, depuis toujours, a réussi à triompher de tout. 

GG Vikey est pris en charge par l’état béninois. Si l’évolution de la maladie semble stationnaire, les soins eux, sont continus.  « Mon père aurait pu vite guérir et recouvrer l’usage de ses membres s’il s’était montré un peu plus volontaire dans la rééducation, fait remarquer Georges. Mais il est ce qu’il est, on ne peut plus le changer ». 

6 commentaires pour « GG VIKEY: Un souffle qui s’amenuise… »

  1.  
    | 16:16
     

    Bonjour grand frère,
    J’ai lu l’article dans la nouvelle tribune avant de le retrouver ici. C’est très touchant. Nous savons tous que la mort est la seule certitude mais lorsqu’elle est précédée d’une longue maladie, ce n’est pas souhaitable.
    Pépé VICKEY GG, du courage. Tu n’es pas seul, le Christ est avec toi. Puisse-t-il te donner encore une bonne poignée de vie, sans souffrance, sans douleur, sans maladie.

    Dernière publication sur LE DIGNE HEFFIZE : Citation de la semaine du 15 juillet 2013

  2.  
    Raymond G. H.
    | 19:58
     

    Ça donne la chair de poule de lire ce texte. Le grand-frère la si bien dit: « la maladie est le pire ennemi de l’homme ». GG. Vikey, l’homme comme tout être humain, peut être en train de s’amenuiser mais l’artiste reste; il est éternel!
    D’ailleurs, l’artiste n’a t-il déjà dit au revoir à l’homme à travers cette chanson: VIKEY EST MORT/ VIKEY AU PRADIS?

  3.  
    Alceny B
    | 18:47
     

    Prompt rétablissement à GG Vickey et Re-bienvenue à Florent sur la toile. J’espère que le sevrage est fini et que l’on lira souvent tes billets.

  4.  
    Florent
    | 20:33
     

    Chers amis,
    je n’ose pas évoquer la chanson célèbre de l’artiste dans laquelle il dit qu’à sa mort, les hypocrites après l’avoir pleuré, hurleront « le salaud de Vikey est mort ». C’est vrai que de son vivant, il n’a semé dans le coeur des mélomanes que bonheur. Espérons que Dieu le gratifie encore de quelques années en notre compagnie.

  5.  
    Fernando d'Almeida
    | 21:19
     

    Bonsoir Florent,

    Il y a quelques minutes, j’étais chez toi, à la maison, à Porto-Novo, ville que je n’ai pas revue depuis quarante ans. Nous avons mangé et bu. Nous avons parlé littérature. Depuis une semaine que je foule le sol de mes ancêtres, j’ai beaucoup pensé à GG Vickey qui nous faisait danser dans les années soixante du siècle dernier. Je ne savais pas qu’il était malade. Ton récit m’est allé droit dans la chair. Tu diras courage à sa petite famille et à lui-même bien qu’il ne me connaisse pas physiologiquement. Mais nous sommes tous des « Mina » et je lui demande, par la grâce des vôdouns, de ne pas désespérer. LA MORT EST LE LIEU FONDAMENTAL DE LA VRAIE VIE

    Dr Fernando d’Almeida,; Université de Douala

  6.  
    Spéro Adjobo
    | 21:50
     

    Et moi qui nourrissait le vœu secret de le voir chanter « vive les mariés » à mon mariage. Et pourquoi je parle au passé déjà? Il est encore là c’est ce qui compte, en fait il le sera éternellement. Là j’ose croire qu’il va mieux. Soyons pas si noir, laissons un instant la mort où elle s’affaire. D’ailleurs ce soir j’écoute les disques de mon père, ceux sur lesquels c’est inscrit GG Vickey.

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