Le Piment des plus beaux jours

Posté le 3 mai 2010

                   51lf2b3yv8lss500.jpg 

Première oeuvre, premiers vertiges littéraires, le roman du jeune béninois Jérôme Nouhouaï qui vient de paraître au Serpent à plumes, ne manque pas de piment. Sur un ton alerte et jubilatoire, le texte plonge le lecteur dans la vie trépidante des étudiants béninois, avec en arrière-fond, des échos d’un drame qui, en Afrique, semble prendre des proportions inquiétantes: la haine de l’étranger…

Ils sont trois dans un réduit, trois étudiants, aussi différents que peuvent être la volaille, le reptile et le félin, engagés dans les études qu’eux-mêmes ne savent sur quoi elles déboucheront. Cette vie à trois est rythmée par les ébats fiévreux des deux plus jeunes du groupe, Nelson et Jojo, heureux de trouver dans les filles du quartier des occasions d’oublier leurs conditions d’études affligeantes et les perspectives peu favorables que leur offre le marché de l’emploi.

Mais le narrateur, Nelson, a d’autre souci : le comportement étrange de leur aîné dans la maison, Malcom, naguère panafricaniste entêté, mais aujourd’hui xénophobe anti-libanais notoire. Et comme par hasard, éclate dans la ville d’à côté, Cotonou, une série d’incidents contre les commerçants issus de cette communauté. Si certains s’en sortent avec des blessures, les moins chanceux sont simplement assassinés. Mais une constante saute aux yeux de Nelson chaque fois que se produisent ces attaques : Malcom disparaît avant. D’ailleurs, au bout d’un temps, « l’intellectuel » – c’est ainsi qu’on le surnomme – quitte définitivement le groupe, prétextant avoir trouvé du travail à Cotonou.  Dès lors, un climat presque insurrectionnel s’abat sur la capitale béninoise, puisque c’est désormais à coups d’armes à feu que « le Calice noir » – c’est le nom de la nébuleuse – soumet les commerçants libanais et indo-pakistanais. Jusqu’au jour, où poursuivi par les forces de l’ordre, un des protagonistes se refugie à Calavi, justement dans l’appartement des étudiants. Ceux-ci découvrent alors qu’il s’agit de leur ex-co-locataire, Malcom. Pour eux, le seul moyen pour l’ancien idéaliste de se soustraire à l’équipée policière, c’est disparaître des lieux en se déguisant en femme…

                                                                  piment.jpg

Mais Nelson a un autre combat à mener : conquérir Josiane, étudiante aux charmes sulfureux dont le père, un dogue aux crocs monstrueux, n’hésite pas à faire passer à tabac tous ceux qui se risquent dans son voisinage. D’ailleurs, lui-même va en faire l’amère expérience, puisque surpris en compagnie de la Marilyne, il subira la foudre des loubards recrutés par le père avant de leur apporter, quelques semaines après, une réplique conséquente.

D’ailleurs, le jeune intrépide n’est pas au bout de ses peines. Car, au moment où la jeune fille semble répondre à ses avances, un incident malheureux viendra tout compromettre. Il est surpris en flagrant délit  avec Nicole, une fille du quartier. Plus frustrant : Josiane lui trouve un remplaçant en la personne d’un libanais. Dès lors, le jeune homme transfère son échec sentimental sur les membres de cette communauté, les accusant de tout prendre aux nationaux, richesse, affaires et… femme. Exactement la même rengaine de Malcom à leur encontre. De fait, Nelson apparaît comme la prochaine proie des recruteurs pour « le Calice noir ».

Chronique d’une jeunesse intellectuelle désabusée, Le piment des beaux jours n’en est pas moins un roman social hanté par la figure de personnages aussi sympathiques qu’irresponsables. Perdus dans un monde qu’ils ont du mal à comprendre ou qui les dépasse, ils semblent se complaire dans la facilité et dans la recherche d’une drogue sexuelle infiniment renouvelée. Celui qui paraît même un peu conscient, Malcom, qui aurait pu être une figure exemplaire, confond l’engagement politique aux règlements de comptes personnels. Sa fin tragique instruit parfaitement l’illisibilité de son discours en même temps que son incapacité à dépasser ses propres rancœurs face aux enjeux majeurs de la société. Même les femmes ne valent pas mieux. Réduite à des bêtes sexuelles, incapables de s’affranchir de la logique marchande ambiante, elles semblent n’incarner que des contre-valeurs qu’on croyait périmées. Mais leur salut vient peut-être de Nicole, la « demi-prostituée », qui décide de quitter cette vie de précarité pour se faire former à l’entrepreunariat, avec des projets modernes à la hauteur de ses ambitions.

La composition narrative, ordonnée sur le mode classique, s’opère dans la linéarité. Il n’y a pas de chapitres concentrés sur des flashs backs et autres retours en arrière exclusifs: juste quelques souvenirs rapportés par le narrateur ou par les protagonistes eux-mêmes sous forme de confessions. Mais le texte lui-même baigne dans une atmosphère assez indolente et répétitive, avec parfois des accélérés, surtout lorsque surviennent les évenements liés au « Calice noir ». Et les mots pour dire et raconter toute cette histoire, s’ils portent la fougue et l’inventivité de la jeunesse urbaine et intellectuelle, ne s’embarrassent pas parfois d’expressions crues comme « va chier », « de mes deux », ect…
Le Piment des beaux jours révèle un beau roman, un talent prometteur, un nouvel élan littéraire au Bénin…Bienvenue dans l’arène, Jérôme!

3 commentaires pour « Le Piment des plus beaux jours »

  1.  
    sounlin olympe
    | 12:10
     

    sl!
    grd frè.
    just pr t fè 1 coucou.
    j’aprécis beaucoup tes écritures.
    bon courage à toi.
    je suis béninois, technicien en bâtiment,et j’avais remporter le premier prix du BENIN slam au ccf.
    j fè dc du slam é m’éssè 1 peu à l’écritu du théatre.j’aimerais bien que tu sois mon clairger. merci et du courage à toi.

  2.  
    cyriaque
    | 13:53
     

    Salut fofo,
    j’aimerais pouvoir me risquer à la lecture de ce beau roman dont tu nous a décrit les qualités. Mais de l’auteur, on sait très peu de choses. Qui est-il?

  3.  
    ZANNOU Maurice
    | 16:10
     

    Bonjour grand frère,
    Je vous souhaite mes félicitations pour le prix. J’ai fait un tour sur votre blog et j’ai pu y lire, plus que le résumé sommaire du livre ‘le piment des beaux jours’ que j’ai lu chez vous, un résumé détaillé avec des commentaires d’un homme averti comme vous. Merci de faire la fierté du Bénin et de l’Afrique.

Laisser un commentaire