Florent Couao-Zotti, l’arme du pleurer-rire

Posté le 3 mai 2010

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Voici l’article publié dans 24 heures Suisse après la remise officielle du Prix Kourouma le 29 avril dernier à Genève.

Roman/Avec Florent Couao-Zotti, l’esprit tragi-comique d’Ahmadou Kourouma est bien vivant au Salon africain de Genève. JEAN-LOUIS KUFFER |

Le rire immense d’Ahmadou Kourouma éclaterait ces jours sur le 7e Salon africain si le grand écrivain ivoirien, auteur du mémorable Soleil des indépendances, n’avait quitté ce bas monde en décembre 2003, laissant une œuvre majeure où le comique le dispute à tout moment à l’horreur. De fait, on peut imaginer que Kourouma se plairait à la lecture du roman qui vient d’obtenir le Prix honorant sa mémoire, cocktail joyeusement explosif que nous fait savourer le Béninois Florent Couao-Zotti avec un polar foisonnant et savoureux, Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire , confirmant le talent chamarré du conteur baroque de Poulet-bicyclette & Cie.

Un jour que le dramaturge algérien Kateb Yacine parlait de la tragédie frappant son pays à Bertolt Brecht, celui-ci lui répondit: «Ecrivez une comédie!» Bien plus qu’un paradoxe, cette injonction révèle une vérité profonde de ce que peut la littérature confrontée aux situations les plus désespérées, en modulant une attitude que le romancier congolais Henri Lopes définit parfaitement avec le titre de son fameux Pleurer-rire…

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                                                  Au-delà du pathos

Or, ce mélange détonant se retrouve dans plusieurs des livres qui ont obtenu ces dernières années le Prix Kourouma, récompense littéraire qui fait désormais référence dans la littérature du «continent noir», fondé et présidé par Jacques Chevrier. Plus précisément, la même façon de «travailler» la réalité génocidaire en jouant sur le grotesque et la dérision, tout en filtrant une profonde émotion, se retrouve dans le magnifique Solo d’un revenant du Togolais Kossi Efoui, lauréat de l’an dernier (lire ci-contre).

Dès son premier roman, Notre pain de chaque nuit (Serpent à Plumes, 1998), Florent Couao-Zotti, journaliste entré en littérature par le théâtre (terrain privilégié des auteurs noirs, mieux en phase avec leur public d’origine, tels Kourouma lui-même, ou Kossi Efoui) s’est signalé par sa verve cinglante en évoquant les relations tumultueuses d’une prostituée avec un boxeur et un politicien véreux. Remarquable nouvelliste, croqueur de tableaux vivants à la fois incisifs et révélateurs de situations «à l’africaine», l’ancien réd’en chef du Canard du Golf , journal satirique béninois, nous revient donc avec un roman noir carabiné, mais où s’impose un vrai bonheur de langage. Ce qu’il raconte en matière de crimes, de drogue et de corruption n’aboutit pas à une «dénonciation» ordinaire, car on rit – il y a de quoi «pleurer-rire» sous l’effet de l’écriture jubilatoire de Florent Couao-Zotti. Bel exemple, par ailleurs, du «français d’Afrique» qui fait l’objet d’un des nombreux débats du Salon africain (cet après-midi de 15 h 30 - 17 h) et qu’illustrent aussi le Congolais Alain Mabanckou (Prix Renaudot 2006 et très remarqué pour son récent Black Bazar ) ou le Haïtien Lyonel Trouillot, entre autres auteurs vivifiant notre langue.

12 commentaires pour « Florent Couao-Zotti, l’arme du pleurer-rire »

  1.  
    Jérôme Nouhouaï
    | 14:03
     

    Bonjour Florent!
    Toutes mes félicitations. A mon avis, tu aurais dû recevoir ce prix depuis un bon moment. En tout cas, on ne peut que se marrer en lisant ton dernier opus que j’ai bien dégusté, exactement comme un certain poulet-bicyclette…
    Jérôme

  2.  
    Elleonor
    | 14:00
     

    Bonjour Florent,
    Félicitation pour ce prix. Je t’en souhaite d’autres plus prestigieux. Aujourd’hui, tu es le phare littéraire qui éclaire le pays.

  3.  
    Ahmed
    | 14:36
     

    Bravo, Florent pour ce prix! Tu fais la fierté du Bénin!

  4.  
    Laclos
    | 15:36
     

    Salute Florente!
    Vous ne me connaissez pas, mais je vous suis depuis Barcelone où, je crois, vous êtes arrivé en 2003 dans le cadre du « Marché d’histoires ». Merci des rêves que vous nous proposez!

  5.  
    Vanille
    | 16:17
     

    Bonjour Monsieur Couao-Zotti,
    Quel bonheur de vous voir récompensé! J’espère que cela va continuer!
    Nous nous connaissons (salon du livre de Mtréal, avec votre collègue). Vous avez peut-être appris ce qui m’est arrivé sur mon lieu de travail. Je m’en tire, Dieu merci, sans séquelles majeures (je parle, je marche à nouveau). Je vais donc pouvoir continuer à vous lire avec bonheur. Inutile de vous faire un dessin sur le contexte qui fait que je vous écris de France… J’apprécie de vous retrouver dans la NT. Avec mon meilleur souvenir, Vanille

  6.  
    | 8:42
     

    Ah, Vanille!
    Je suis absolument désolé pour ce qui vous est arrivé. Si, je suis allé là-bas fin janvier et j’ai été fort surpris de voir que vous n’êtes plus là. Tous mes regrets. D’autant que je vous réservais la primeur du livre après sa promotion en France…
    Merci pour ces accolades que vous m’avez toujours données lors de mon passage dans la maison. Et je suis ému rien qu’en y pensant.
    Pour Jérôme et les autres, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai reçu vos messages de félicitation. Merci pour tout!

  7.  
    Noël
    | 16:30
     

    Félicitations. j’aimerais bien pleurer de rire en liant bout à bout tous ces mots de bonheur qui font oublier que la vie est une tragédie qu’on laisse en héritage en mourant.

  8.  
    Marcellin Vidjennagni Zounmenou
    | 8:47
     

    Félicitations. Tu fais notre fierté. Moi j’ai quitté l’Afrique du Sud pour prendre service aux Nations Unies. Je suis maintenant à la Commission économique pour l’Afrique (CEA) à Addis-Abeba. Jo’bourg me manque beaucoup. J’y fais un tour de temps en temps. Je profiterai de mon séjour à Cotonou pour te voir. A très bientôt…

  9.  
    Obambé GAKOSSO
    | 10:47
     

    F.C.-Z.,

    Je ne dis pas bravo car je n’ai toujours pas reçu ma part.

    @+, O.G.

  10.  
    sexe femme
    | 3:56
     

    Bravo

  11.  
    Gangoueus
    | 20:26
     

    Félicitations tardives!
    La plus belle reconnaissance pour un auteur est que vous soyez lus. J’espère me preter à cet exercice prochainement!

    A bientôt!

  12.  
    streaming vf
    | 15:17
     

    merci bcp !

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