Le pape, le préservatif et la connerie…

Posté le 23 mars 2009

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Il présente bien, l’ancien cardinal Joseph Ratzinger : chaste dans sa toge blanche, sage dans sa posture solennelle, ange dans ses sourires aseptisés. Ses bras, qu’il déploie à chaque fois que son phrasé se fait douceâtre, ponctuent ses gestes qu’il rationne courts et nerveux. Tout le contraire de Carol Woyitila, le bienheureux Jean Paul II, son prédécesseur, plus à l’aise dans son exubérance avec la foule que dans les rhétoriques feutrées qui agacent. Si l’ancien souverain pontife, avait eu, durant son règne, le souci d’être toujours consensuel, Benoit XVI, quant à lui, a emprunté la ligne pure et dure du conservatisme vatican.

Dans l’avion qui l’emmenait vers Yaoundé et devant la forêt de micros qui lui ceinturait le menton, le Cardinal Joseph Ratzinger  a risqué une déclaration pour le moins benoite : « le préservatif ne guérit pas, au contraire, il aggrave le Sida, seules la foi et la spiritualité permettront de maîtriser la sexualité ».

« Irresponsable ! » se sont écriés, de par le monde, les animateurs des associations de lutte contre le VIH. Comment se fait-il, Dieu des mystères, que le pape, inspiré on ne sait par quel saint, ait jeté un si gros pavé dans l’eau bénite ? Pourquoi s’est-il laissé aller à des assertions incontrôlées au moment où, après des quintaux d’efforts et des années de patience, scientifiques et travailleurs sociaux ont réussi à convaincre les populations africaines de l’usage du préservatif dans la lutte contre le Sida ?

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Pour qui connaît Benoit XVI, cette attitude est loin d’être surprenante. Car, avant d’être l’ « homme infaillible » que le Vatican a installé sur le trône, l’ancien cardinal Joseph Ratzinger  a toujours incarné l’aile dure des conservateurs de l’église catholique romaine. Et pour cette frange, le retour aux enseignements essentiels constitue la pierre angulaire des pratiques sociales, « valeurs essentielles » signifiant, dans le cadre du mariage et de la famille, virginité, abstinence, fidélité et tutti quanti. Un enseignement qui date en réalité des premiers dogmes, mais qui n’a rien de véritablement choquant. D’ailleurs, toutes les religions professent les mêmes enseignements, recommandent les mêmes comportements sociaux. Mêmes sur nos terres béninoises, nos prêtres vodun ne disent pas autre chose.

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Mais d’où vient alors le tollé suscité par les déclarations du premier prélat de l’église ? Les Occidentaux sont-ils de mœurs si libérales au point de ne plus considérer, ni accepter les valeurs transversales de l’abstinence et de la fidélité ?

En fait, il semble que les intégristes du Saint siège ont raté deux épisodes : d’abord, ils ont, dans leurs analyses, complètement élagué le contexte africain. Ensuite, ils font montre d’une incapacité notoire à renouveler la doctrine sociale de l’église, à intégrer dans leurs approches, une vision plus adaptée aux problèmes de l’heure.

Concernant le contexte africain : Benoit XVI sait-il que les voies de transmission du virus du Sida restent essentiellement tributaires du sexe ? Sait-il que la polygamie officielle ou la polygamie de fait rythme la vie de millions d’hommes et de femmes en Afrique ? Que proposent-ils, les seigneurs du Vatican, pour les couples vivant avec le VIH ? Que font-ils des jeunes gens victimes du SIDA qui ont une vie sexuelle ou qui la revendiquent comme une part entière de leur identité ? Si la morale chrétienne telle que énoncée devrait commander aux faits et aux gestes des hommes, ceux qui la professent, c’est-à-dire les prêtres, les évêques et autres en Afrique sont-ils, eux-mêmes, d’une exemplarité…papale ?

Car, on sait que les serviteurs de l’église, sur le continent noir, pratiquent à l’élasticité  la morale et la spiritualité dont ils sont pourtant les garants : les activités sexuelles en dehors du mariage. C’est un lieu commun que de dire que nos honorables prélats mordent goulument dans le fruit. Ils mordent avec tant de passion que des anges en naissent. Bien sûr, personne n’en est choqué, bien au contraire. Ces enfants hors mariage, hors morale chrétienne, sont considérés comme normaux, même si leurs pères font l’objet d’histoires au ras du bitume.

Benoît XVI ne connait peut être pas les subtilités de ces réalités africaines.  Hors temps, hors monde, accroché à sa tour vaticane comme le dernier rempart contre la « morale liberticide » de ces contemporains africains contre le VIH, il est entré dans l’Histoire à reculons. De fait, il crée le sentiment que l’église a gâché l’occasion d’être plus réaliste, et donc forcément, d’être encore crédible.

 

 

11 commentaires pour « Le pape, le préservatif et la connerie… »

  1.  
    Paco
    | 15:53
     

    Par Pierre Assouline sur son blog

     » Reprenons le film de la série noire que le Saint Père fait vivre à nombre de catholiques (à 43% d’entre eux en France) depuis quelques semaines : la levée de l’excommunication de quatre prêtres ordonnés par le schismatique Mgr Lefebvre, la découverte d’un négationniste des chambres à gaz parmi eux, l’excommunication d’une Brésilienne coupable d’avoir fait avorter sa fille de 9 ans enceinte à la suite de viols répétés, la dénonciation du préservatif comme agent de transmission du Sida en Afrique… Et encore, ils n’avaient pas remarqué sa sortie contre les gender studies !

    Ni improvisation, ni maladresse dans ses décisions. Elles ne surprennent que ceux qui ignorent que Benoît XVI, qui gouverne seul et ne tient guère compte des avis de la Curie romaine, demeure l’homme qu’il fut toujouuntitled.1237847250.jpgrs : un pur intellectuel, brillant, érudit, aigu, très structuré, mais d’un conservatisme étroit. Le théologien expert en lui fut un temps gagné par l’esprit de réforme avant de se laisser envahir par la dogmatique dont il est grand connaisseur. Il l’a prouvé durant ses années comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ; elles ont laissé le souvenir de la répression des avancées théologiques jugées déviantes, de sa défiance envers l’oecuménisme, pour ne rien dire de sa condamnation de l’avortement et de l’homosexualité. De quoi lui tailler une réputation de réactionnaire, même si nul n’est assez naïf pour attendre d’un souverain pontife qu’il exprime ès-qualités une vision subversive de la société. Mais l’esprit d’ouverture à l’évolution du monde et la sensibilité aux nouvelles souffrances de l’Homme ne doivent pas relever pas du bolchévisme. Or tout en lui appelle depuis des années à une restauration de la tradition.

    Non seulement on ne doit pas s’étonner de ses récentes prises de position qui inquiètent et troublent tant de consciences, mais il faut s’attendre à en voir surgir d’autres de la même encre. Il n’y a qu’un moyen de s’y préparer : la lecture intensive de Discours fondateurs 1960-2004 (284 pages, 19 euros, Fayard) de Joseph Ratzinger. Tout y est, parfois clairement, parfois subliminalement, parfois en filigrane. Mais il n’est pas sûr que les lecteurs souffrant par sa faute de crise de foi, et tentés par la mise à distance de Rome, se satisfassent des solutions apportées par le professeur de l’université de Ratisbonne en 1970 au chapitre “Pourquoi suis-je encore dans l’Eglise ?”. Réponse : parce qu’on ne peut pas croire tout seul et parce que ce n’est pas mon Eglise, ni même notre Eglise mais “Son Eglise” :”Je reste dans l’Eglise car seule la foi de l’Eglise sauve l’homme. Cela semble très traditionnel et dogmatique, irréel, mais je le pense de manière tout à fait objective et réaliste.”

    Au dos du livre, il est précisé que les paroles de l’auteur sont “toutes frappées au coin d’un sens aigu de la pédagogie et du rejet de la langue de bois”. On frémit à la seule pensée d’une version qui aurait intégré la langue de bois. »

  2.  
    | 16:13
     

    Excellente analyse de Asouline rapportée par Paco. Cela nous renseigne que Benoit XVI qui est tout sauf un esprit obscur, sait parfaitement ce dont il parle. Cependant, il a tellement le nez dans la paperasse qu’il oublie de solliciter la lumière du soleil pour l’éclairer. Intellectuel et universitaire érudit, on le dit homme des dossiers, mais ce qui détonne en lui, c’est cette capacité qu’il a de prendre des décisions à polémique, de susciter des controverses inutiles alors qu’il est sensé être un homme de paix. Car, en ces temps difficiles du drame sidéen, il se doit de prendre posture plus réfléchie et sans doute moins provocatrice.

  3.  
    fifavi
    | 14:56
     

    Tout ce qu’on dit là du papa est vrai, mais c’est aussi vrai que le préservatif ne lutte vraiment pas contre le sida. Croyez-vous que le préservatif lutte contre le sida ?
    En tout cas pas moi…
    Il y a d’ailleurs plus de préservatif que de sidéen.

  4.  
    fifavi
    | 15:28
     

    J’ai oublié de demander si quelqu’un a pu vérifier si le pape a utilisé le préservatif un jour pour en mesurer l’efficacité contre le sida …

  5.  
    crecel
    | 19:07
     

    Salut !Appartient-il à l’ église de s’ adapter à la société en perte de vitesse ou bien c’est le contraire ?
    Tout part de là !

  6.  
    Michel Kinvi
    | 22:16
     

    La société va a une vitesse inévitable, mais troublante. L’Église stagne dans une tradition rigoriste évitable.

    l’homme sage ne courra pas derrière la société, il ne dormira pas non plus dans les ténèbres de l’Eglise.

  7.  
    Ahmed
    | 8:05
     

    Chère Fifavi,
    Si le pape a utilisé le préservatif pour voir s’il est efficace contre le Sida ou non? Ce qui est sûr, comme le rapelle Florent, ses amis en Afrique, notamment les prêtres refusent de laisser la capote leur dicter sa loi. Résultats, ils ont des « anges » aussi nombreux que les polygames attitrés du continent.

  8.  
    Gangoueus
    | 0:53
     

    Cher Florent,

    Tu demandes à l’église d’être plus réaliste? Tu estimes que Benoît XVI est rentré dans l’histoire à reculons à cause d’une phrase extraite de son contexte? Tu estimes qu’à cause de faillite de nombreux prêtres africains, l’église doit adapter ses principes, rabaisser ses valeurs en Afrique?

    Si on doit reconnaître que le propos du pape peut laisser à désirer, peut-on vraiment lui reprocher de revendiquer une humanisation de la sexualité? Rappelons qu’il s’adresse à des chrétiens catholiques et qu’il propose une alternative qui s’appuie sur une Parole qui constitue un dénomminateur commun des croyants catholiques. Tu évoques la polygamie. Elle n’est pas une valeur chrétienne. Donc le pape ne s’adresse pas aux polygames.

    Le tout préservatif semble célébrer le fait que ce soit la seule alternative. Le Pape propose en tant qu’autorité spirituelle une alternative. Une autre possibilité que le libertinage. Il fait son job. Et puis, les africains ne sont pas des enfants (comme le laisse entendre les cris d’orfraie entendus en France) qui seraient incapables de faire la part des choses…

  9.  
    naomed
    | 21:34
     

    Je trouve curieux que l’on demande au gardien d’une foi de violer les dogmes de sa foi. Personne n’est obligé d’être catholique. Le fait que la société prenne une direction contraire aux dogmes d’une église ne doit pas pousser celle ci à changer son dogme. Une église n’est pas une entreprise qui utilise le marketing pour gagner des clients ou les conserver. Une église n’a pas de clients mais des fidèles. Nuance de taille.

  10.  
    Anonyme
    | 18:08
     

    Il est en effet difficile de demander au pape de prêcher pour le préservatif, vu que le catholicisme prêche pour le mariage et la fidélité ! C’est un sujet très délicat qui me laisse aussi perplexe ! Mais il est une chose certaine, c’est que l’église catholique gagnerait à être plus diplomate dans ses propos. Au lieu de lancer : « Je suis contre ! », le pape devrait expliquer une position selon la religion, et se rapprocher du peuple ! Pour cela, il devrait prendre exemple sur le Dalaï-Lama qui explique toujours au peuple les positions qu’il prend. Il les explique même aux gens qui ne sont pas de sa religion. L’église catholique critique l’intégrisme, et l’on se rend compte si l’on y réfléchit bien qu’elle impose le même intégrisme. Je ne suis pas fâché avec Dieu ! Mais je voudrais dire à quelques-uns de ses représentants, qu’on ne peut pas donner du bonheur aux autres, si on a pas un échantillon sur soi !
    J’en profite pour te saluer Florent !
    Ton ami le breton chanteur de Cotonou
    Stéphane NEFIOLOV

  11.  
    deguisement disco
    | 13:02
     

    Mis à part une abstinence totale,(comme les prêtres???) je ne vois pas d’autres solutions que le préservatif pour essayer d’enrayer le sida en Afrique.
    Beaucoup de personnes et d’organismes ont travaillé pendant des années pour faire changer les mentalités et faire accepter le port du préservatif.
    Heureusement il y a beaucoup de personnes moins bornées que le pape et j’espère que ses recommandations ne seront pas suivies, c’est beaucoup trop irresponsable comme discours.

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