Esclaves ou le roman subversif de Kangni ALEM

Posté le 6 mars 2009

          2alemesclavespage6.jpg                 img29051.jpg

Habitué à nous promener dans les décombres de Ti-Brava (Togo)à travers la débrouillardise de ses habitants – peuple aussi moqueur de ses propres malheurs que de ses prouesses – le togolais Kangni Alem nous embarque dans Esclaves, sa future publication chez Jean-Claude Lattès, à travers une fresque historique aussi étonnante qu’époustouflante.

Nous sommes au dix-neuvième siècle, dans une période violemment tourmentée par la traite négrière qui ronge les côtes ouest-africaines jusqu’à l’intérieur des terres.

Le récit qui développe plusieurs histoires, campe la figure d’un notable d’Agbomè, Maître des cérémonies du roi Adandozan. Personnage atypique et parfois pleutre, subissant les faits dans leur déroulement implacable, il vécut plusieurs vies, connut plusieurs pays, défendit plusieurs causes avant de revenir mourir en Afrique, anxieux de voir de nouveaux jours assombrir le ciel de ses ancestres sous le parapet de la colonisation.

C’est d’abord en tant qu’allié du roi Adandozan que le notable tente de se soustraire à la vengeance terrible de Gankpè – futur Ghézo – qui a vu en lui un obstacle à l’assassinat manqué de son protecteur. Lancée à ses trousses, la milice féminine de Ghézo parvient à l’arrêter à Comé, mais au lieu de lui trancher la tête, le chef des amazones, Nansica, le viole, le réduit en esclave et le vend à un négrier de Porto Seguro, actuel Agbodraffo du Togo. L’ancien Maître des rituels devient alors Miguel et se retrouve au Brésil au service d’un seigneur ayant sous ses ordres un millier d’esclaves.

2alemesclavespage6.jpg

Parmi ceux-ci, un vieil haoussa, Sule, musulman lettré qui travaillait pour payer à son propriétaire la somme nécessaire à son affranchissement. Sule lui apprend le portugais et l’arabe, mais surtout le convertit à l’islam et aux idées antiesclavagistes, semant en lui les germes d’une insurrection contre les asservisseurs. Car, c’est à Salvatore de Bahia, la ville noire de Brésil où il est de nouveau vendu à un autre propriétaire terrien que Miguel mesurera l’ampleur de la révolte qui se prépare et à laquelle il participe comme acteur de premier plan.

Malheureusement, l’insurrection tourne court. Les esclaves frondeurs sont réprimés dans le sang par une police impitoyable. Les survivants sont jugés et condamnés au bannissement. Miguel, infortuné parmi les infortunés, revient en Afrique et choisit de s’installer à Agoué, ville où est mort son ancien maître, le roi déchu Adandozan. C’est là qu’il apprend comment Sophie Olivier de Montaguère, Sikadjin, l’épouse blanche du souverain, a fini ses jours, empoisonnée; c’est là que lui-même apprend qu’un enfant lui est né du viol qu’il avait subi de la part du chef des amazones ; c’est là qu’il pressent, avec la fin de l’esclavage, les rumeurs d’une nouvelle ère qui allait s’abattre sur l’Afrique : la colonisation.

         Roman de destinée, œuvre d’interrogation sur les allées et retours entre l’Afrique et le Brésil, Esclaves est un texte qui prend comme substrat l’Histoire, avec une datation rigoureuse, dans une succession de faits authentiques auxquels l’auteur ajoute, à certains moments, une bonne dose de fiction.

Car, Kangni Alem s’amuse à s’écarter parfois des faits historiques, à tracer à certains personnages des trajectoires autres que celles qui sont réelles (la reine Sophie par exemple), à leur conférer des statures plus conformes au romanesque. Même la langue qu’il attribue aux Agbomènous et dont on a quelques phrases en « gbé », est libellée en Guin-Mina.

         Mais au-delà, ce qui est d’une richesse inestimable, ce sont les informations qui traversent l’œuvre. Le personnage d’Adandozan  – monarque dont le règne et la mémoire sont effacés de l’histoire du Danxomè – s’impose dans le livre comme un humaniste et un abolitionniste visionnaire que les intrigues de Gankpé et les intérêts sordides de don Francisco Félix de Souza ont fini par déstabiliser. La reine Sophie, unique épouse blanche dans l’harem royal, apparaît comme une figure exceptionnelle, à la fois exotique et décalée, modèle et soutien habile au roi dans ses idées avant-gardistes.

         Au contraire de ces personnages, Ghézo le souverain aux aspérités flamboyantes, se présente comme un infatigable prédateur hanté par sa seule ambition, celle de parvenir au pouvoir et d’étendre ses tentacules sur les royaumes voisins. Ses amis, mercenaires blancs et aventuriers aux dents longues, ne valent pas mieux qui ne se distinguent que par leurs voracités à pratiquer les razzias, à entasser à fond de cale des esclaves pour le Nouveau Monde. Don Francisco Félix de Souza (é plé vi  plé non), se révèle à ce sujet, en effet, comme une véritable catastrophe contre le bon sens, homme de toutes les intrigues, gourou, conseiller occulte, négrier retors et finalement vice-roi de Glexué, le premier port du Danxomè sur lequel il a régné en maître et en dieu pendant une quarantaine d’années(à sa mort, il laissa 53 veuves, 190 enfants et 1200 esclaves).

Roman truculent, servi par une  écriture libre, flirtant parfois avec le style des récits magiques des romans latino-américains, Esclaves est une fraîcheur toute pétillante sur les idées reçues sur l’histoire du Danxomè, sur les rapports  entre l’Afrique et le Brésil au siècle des négriers, siècle dont tout, sinon l’essentiel, reste encore à découvrir.

 

                                               Esclaves de Kangni Alem, Jean Claude Lattès (à paraître en avril 2009)

 

70 commentaires pour « Esclaves ou le roman subversif de Kangni ALEM »

1 2
  1.  
    Yves Chemla
    | 10:40
     

    Bonjour,
    contretemps hier sur Des Goûts et des Couleurs, où j’ai dû remplacer l’animateur. Ce sera pour la semaine prochaine.

  2.  
    Nathalie PHILIPPE
    | 23:12
     

    Voir aussi une autre lecture d’ »Esclaves » sur
    « Les Livres de Nathalie »
    http://nathaliephilippe.com

  3.  
    Gerry
    | 20:12
     

    Depuis, le livre est sorti, je suppose que certains intervenants l’ont finalement lu, comme moi. Et la leçons que je retiens de tout ceci, c’est que nonobstant le talent de l’auteur qui traite de choses sérieuses avec un tel génie qu’on sent presque le roulis des brigantins, les odeurs de corps sales et de déjections fermentés à la lecture du roman, il faut à mon avis mesurer la responsabilité des Africains dans ce commerce transatlantique. J’ai toujours été opposé à la demande d’un prétendu dédommagement pour crimes d’esclavages que certains de nos bien pensants brandissent face à l’occident, souhaitant plutôt un devoir de mémoire. Esclaves nous fournit cette facette de notre histoire que nous feignons d’ignorer, préférant mettre tous nos maux sur le dos des commerçants européens de l’époque.
    Je suis intéressé par la parenthèse Tchalla. J’ai des cousins dans cette affaire.
    Pour faire avancer le schimiliblick.

  4.  
    Bocco Emmanuel
    | 15:40
     

    Bonjour le faiseur d’histoire Alem,
    J’ai lu et relu ce roman. La 3° lecture pou la dimension esthétique, dans tous les sens du terme, onirique aussi, dans cette histoire.
    Et puis, de Porto-Seguro, je suis un peu aussi dans cette histoire, j’en ai entendu conter dans les familles où on en apprend aux enfants de cette période-là tout en leur demandant de s’équiper des vertus du silence après ces histoires dites, à ne pas répéter, histoires à ne même pas rêver.
    Je voudrais demander à Kangni si réellement l’accouchement de Sikadjin s’est terminée comme sa fiction le dit, il me semble qu’à Porto-Seguro (la cité dite du Katoni Dranhounti), certains « teints très clairs » viennent de là: enfin!
    Je suis retourne domir dans la maison des esclaves à Lakomé en juillet 2008, j’y ai encore entendu des voix, ….des dépositaires de la mémoire des gens. Emouvant!
    Par ailleurs, la révolte de Bahia date-t-elle de 1835 ou 1847. dans mes travaux antérieurs (de jeunesse), j’ai écrit 1847!
    J’aimerais aussi approfondi l’échange, sur la question particulière des responsabilités dans l’histoire de la traite des nègres, alors je te communiquerai ce que j’ai ajouté de grafiti à ton texte, dans le roman.
    Enfin, c’est un plaisir de lire une si belle écriture!

  5.  
    Bocco Emmanuel
    | 17:42
     

    La révolte de Salvador do Bahia qui fut si décisive, eut-elle lieu en 1835 ou 1847 ou alors s’agirait-il de 2 révoltes successives?

  6.  
    Bocco Emmanuel
    | 17:37
     

    La révolte de Bahia remonte-t-elle à 1835 ou 1847? Sikadjin est-elle morte dans les circonstances que décrit l’épilogue du roman car en effet il me semble qu’il y a sa descendance à Lakomé à Porto-Seguro dont je suis, peut-être! En tout cas bravo Kangni, le texte est très beau. Un futur grand prix littéraire? Qu’en dit l’amiKossi Efoui?

  7.  
    Bocco Emmanuel
    | 17:38
     

    La révolte de Bahia remonte-t-elle à 1835 ou 1847? Sikadjin est-elle morte dans les circonstances que décrit l’épilogue du roman car en effet il me semble qu’il y a sa descendance à Lakomé à Porto-Seguro dont je suis, peut-être! En tout cas bravo Kangni, le texte est très beau. Un futur grand prix littéraire? Qu’en dit l’ami Kossi Efoui?

  8.  
    F. Oxfort
    | 20:55
     

    J’ai lu le roman de Kangni, et je connais l’histoire de Sikadjin, mais les deux trajectoires n’ont rien à voir. Il y a l’histoire réelle et la fiction. Et le texte de Kangni ne se sert de l’Histoire que comme un prétexte pour raconter une autre histoire. Donc, unitile, mon cher Emmanuel de vouloir dénicher dans Esclaves des vériéts historiques!

  9.  
    BENINOISE
    | 10:43
     

    UN EXCELLENT ROMAN HISTORIQUE

  10.  
    ismael
    | 13:44
     

    florent, je pense comme toi que c’est un livre très riche et original dans la mesure où il constitue une base documentaire de réference à qui veut connaitre cette période de notre histoire(bien qu oeuvre de fiction)
    mais j’ai une crainte.
    il me semble qu’en voulant réhabiliter adandozan kangni halem a destitué guézo.qu’en pense tu toi

  11.  
    Jean-Marie
    | 2:40
     

    C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu ce livre qui, comme l’indique ismael, constitue pour moi une base de l’Histoire. Quels autres livres (en Français) me conseilleriez vous afin de parfaire mes connaissances.
    D’avance merci.

  12.  
    marcel
    | 6:41
     

    Je ne réagis que maintenant, longtemps après ce compte rendu assez explicite et, suite, quelques semaines plus tôt, au lancement du livre à Cotonou, qui m’a permis d’entrer plus en phase avec ce roman que je me ferai le devoir de lire. Ce que je retiens: Adandozan n’était donc pas un si mauvais roi, tel que décrit par les livres d’histoire, que nous avons dû, dans notre enfance, ingurgiter de force! Pour avoir rétabli cette vérité, Alem Kangni, une fois de plus, a fait oeuvre utile.
    Merci aussi à Florent pour son fulgurant compte rendu d’il y a plusieurs mois …

  13.  
    G.C.
    | 21:01
     

    Bonjour amelomé.

    Concernant Kpoyizoun, il s’est laissé capturer car il est interdit de verser le sang à Tado et que par ailleurs, il espérait éviter d’inutiles tourments à la population. Comme tous ceux contre qui le colon avait une dent, il a été déporté au Gabon… Et ils ont tout fait pour qu’il n’en revienne pas :’-( Les grandes inconnues à ce jour, concernant ce dignitaire, sont les conditions exactes de sa mort et ce qu’il est advenu de son corps. Pour le reste, tu peux lire cette adresse : http://ajavio.org/LES-TRIBULATIONS-DU-ROI-KPOYIZOUN.html

  14.  
    Mawugnon
    | 13:15
     

    On ne le dira jamais assez: il faut distinguer deux choses: d’un coté, l’Histoire, et de l’autre la fiction qui, meme si elle tire son inspiration de l’Histoire, reste et demeure une fiction. Pour ne pas confondre les deux registres, un éclairage historique sur les faits serait plus que jamais opportun. Parce qu’il ne me semble pas évident que l’auteur, K.A , accepte facilement l’idée que son oeuvre, meme si elle est une oeuvre de fiction, soit tirée de la pure reverie. Je ne puis hélas apporter cet éclairage, n’étant pas moi meme un historien. Mais ne gagnerions-nous pas à demander humblement l’avis de quelques spécialistes sur le sujet?
    Dans cette meme perspective, je voudrais savoir, juste par curiosité intellectuelle, sur quelles sources historiques se fonde le jugement de Florent sur la condition des amazones dans l’ancien Danxomè. Son interprétation de la scène du viol, d’instinct me rebute. En lisant les propos de Nanscica avant le viol, on se rend compte que la guerrière ne commet pas son acte par un pur désir de violence animale, ou par un quelconque désir de compensation sexuelle, mais plutot par admiration pour le maitre des rituels. Mais enfin, on ne va pas entrer ici dans le jeu des interprétations. on ne s’en sortira pas. Cordiales salutations.

  15.  
    Historien
    | 0:46
     

    Je voudrais apporter ma contribution à ce qui se dit dans ce forum. Je voudrais réagir sur deux points : l’un relevant de l’histoire et l’autre de l’appel à la cohésion sociale. Au niveau historique, si on se base sur des sources historiques Ghézo était le demi (petit) frère de Adandozan. Ce dernier avait usurpé le trône devant revenir au premier. Adandozan sacrifiait les princes, pas parce qu’il voulait se présenter comme défenseur des esclaves, mais plutôt parce qu’il voulait tuer tous ses concurrents, dont Ghézo le premier qui avait dû se réfugier dans la forêt. Son règne a été si horrible que l’histoire officielle royale l’a effacée de sa mémoire collective. Si Ghézo est monté au trône, c’est qu’il a été estimé. Sous le roi Ghézo, le Dahomey a vu diminuer ses sacrifices humains, à ce propos lisez le livre Doguicimi de Paul Hazoumé établit à la base de sources orales. Avant Ghézo, l’esclavage existait déjà, et même Adandozan le pratiquait lui-même. A la seule différence que très tôt, il ne respectait pas ses engagements, c’était un roi fourbe. Il commerçait d’ailleurs avec don Francisco Félix de Souza à qui il devait, et cela a été le seul motif de l’incarcération de ce dernier quand il vint réclamer son dû à la cour du félon. Il le trempait dans l’indigo pour le rendre à la couleur locale. D’ailleurs, sur ce plan, de la haine contre les occidentaux blancs et métis, il est rejoint par son petit neveu Béhanzin qui avait aussi ce même sentiment à l’égard des métis, en l’occurrence des Souza. Après avoir poussé son père Glèlé à attaquer les membres de la famille Souza, outre l’affaire du blocus de Whydah, il avait diligenté avant l’intervention des troupes françaises, son armée contre les de Souza, qui essayèrent de se défendre quelque peu, et beaucoup d’ailleurs subirent un réel pogrom. Pourtant une fois, qu’il a eu des problèmes, il a fait appel à Cyrille de Souza et son cousin Meideros. Donc ce ne sont point des modèles, car Béhanzin et Adandozan seraient prêt à collaborer avec le diable pour leurs intérêts. Béhanzin, selon des sources, ne serait pas étranger à la mort de son père, aux massacres des membres les plus influents de la famille de Souza par jalousie, et son grand oncle avait vendu la mère, Agontimè, de son demi frère Ghézo, que Chacha avait essayé de retrouver par dit on par l’ancêtre des Dossou Yovo. Adandozan voulait tuer son frère Ghézo à qui revenait le trône. Pourtant, celui-ci une fois sa place retrouvée, s’était contenté de l’emprisonner dans une belle prison, qui était une résidence surveillée en fait où il avait ses honneurs. D’ailleurs on lui avait confié le soin d’élever Béhanzin. La traite négrière se faisait déjà, des siècles, bien avant l’arrivée de don Francisco Félix de Souza, et entre les grands royaumes qui se faisaient la guerre. Les yorouba et nago quand ils attrapaient les fons, ils les vendaient. Quant aux fons ils faisaient de même avec les Nago et Mahis, leurs alliés, captifs de guerre. Et je précise, il n’existait pas de nation donc aucune communauté ou ethnos entre eux, pour se gêner. L’esclavage se faisait aussi il y a bien plus longtemps que cela même en Occident, entre Romains , Gaulois, Egyptiens, Grecs, Juifs, Babyloniens, Arabes, Berbères et européens, chrétiens et musulmans etc. Ce n’est donc pas le propre des seuls peuples noirs. Vous parlez de vente entre frères, ces peuples ne se considéraient pas comme frères puisqu’il n’y avait pas d’Etat ou de nations dans lesquels ils étaient réunis. Ils ne partageaient que la même couleur de peau, tout comme les occidentaux se faisant la guerre entre eux, et se prenant en captifs. Chacha avant de connaître les fons d’Abomey ne pratiquait pas autant l’esclavage. Ce n’est qu’arrivé à Ouidah et mandaté par Ghézo pour ça qu’il devint ce grand négrier. Une autre thèse dit aussi que voyant que ses noirs pris en esclavage étaient sacrifiés par milliers à des rituels barbares tels des « arachides » au feu, il émit l’astuce de les vendre (je précise cela existait déjà). D’ailleurs les chansons à la gloire de don Francisco montrent bien que ces esclaves étaient contents de leurs sorts relatifs. Non seulement, dans les livres et archives reproduits dans flux et reflux de Pierre Verger, où le journal du capitaine Canot, etc., on indique bien que aucun négrier ne pouvait s’en prendre à un esclave, ou le vendre sans son accord. Par ailleurs, dans le livre de Simone de Souza, on voit comment il empêche certains de ses fils de maltraiter des esclaves. Puis, l’on voit bien comment il essaye de réunir des familles séparées, comment il donne des terrains aux esclaves libérés qu’il aide à faire revenir au Dahomey. Certains, de ses esclaves, sont adoptés, tels des fils, il donne son nom à quelques uns et les traite avec attention et bienveillance. Primo, les esclaves qui n’étaient pas vendus étaient tués, voués aux sacrifices. Deuxio, ceux qui étaient libérés, étaient capturés pour être tués ou vendus aux meilleurs offrants. Ces esclaves donc qui supplient pour se faire acheter on trouve encore des traces de ces écrits dans le livre du père Borghero. Tous les anciens esclaves au temps de Don Francisco et de ses fils, et même après, ont vécu en bonne entente avec la famille. Bastide a montré, tout comme d’autres, que l’esclavage au Brésil, n’était pas vécu tristement comme aux Etats-Unis, car ils étaient perçus comme membres d’une grande famille, et même libérés après et associés au développement, après une citoyenneté recouvrée ou acquise. D’ailleurs, beaucoup de ses esclaves se sont eux-mêmes lancés dans l’esclavage. Car, ils ont eux-mêmes vus qu’ils acquéraient des positions sociales bien meilleures qu’en restant dans leurs pays d’origine, qu’ils revenaient avec une compétence etc., qu’ils n’étaient pas tués, et même ils pouvaient officieusement garder leurs religions. D’ailleurs ils avaient atteint un certain pouvoir au point de susciter des révoltes, la partie musulmane, pour provoquer un retour massif en 1850. Don Francisco avait plus de 12 000 esclaves nagos qui vivaient dans ses baracons à Kindji, batédo etc. se prélassaient là sans travailler, sans souffrir plutôt en sécurité face à l’ogre d’Abomey. Enfin dans les mémoires du prince Joinville, celui décrit un Don Francisco las de la traite négrière qui voulait tout arrêter et repartir au Brésil, et il note avec Canot que le pauvre portugais est surveillé par Abomey qui ne veut pas lâcher la poule aux œufs d’or. On le présente comme le plus humain des négriers, et le plus sérieux dans ses transactions et juste. Bref, rien à voir avec le portrait que dresse ce fantaisiste de Kangni Alem dans la mouvance d’un Bruce Chatwin, appuyé par Coua Zotti et défendu par un certain Affognon. Lorsqu’on sort une histoire hors de son contexte historique et de sa culture il n’y a plus rien. L’histoire coloniale a révélé que les fons d’Abomey vendaient encore les esclaves alors que la famille de Souza ne le faisait plus, et aujourd’hui sévit la notion vidomègon qui est une continuité culturelle de l’esclavage pratiquée du nord au sud, en passant par le centre, et de l’est à l’ouest. A supposer que Don Francisco Félix de Souza soit responsable, alors quid des vendeurs, fon, nago, guin, des acheteurs occidentaux américains et européens ? Alors, cela ressemble à de l’acharnement où l’on cherche un bouc émissaire. Et au plan moral, de la cohésion sociale, cela touche les fons, les nago, les mahi, les agouda, la famille de Souza, sachant que beaucoup de gens ont des gènes de ce monsieur. Donc en l’insultant ces personnes s’insultent elles mêmes. En plus, on oublie souvent de parler du rôle de développement de Chacha à Ouidah et au Dahomey. On oublie aussi ce que ses descendants Monseigneur Isidore de Souza, le Général Paul Emile de Souza, Pa Augustinho de Souza au Togo, etc ont fait sans oublier d’autres Souza Au Ghana, Togo, Bénin, moins connus mais aussi déterminants pour le développement des pays de leurs mères. Alors apprentis historiens, allez lire et de bons livres, arrêter de vous faire manipuler par des gens qui ont peine à fouiller. Quand on veut faire du roman et qu’on déforme largement l’histoire il vaut mieux l’expliquer en préface primo et deuxio changer les noms des auteurs originels en précisant que c’est de la fiction. Sinon c’est poussez les populations à s’entretuer et demander des comptes en plus sur la base de faux fondements. A bon entendeur salut !

  16.  
    Anonyme
    | 4:14
     

    C’est au début du XVIIième siècle que l’on trouve trace du premier souverain de Dahomey en la personne de Gangnihessou (autour de 1600 ou 1625). On sait peu de choses de ce souverain tout comme son réel titre. Il semble que son autorité dépassait celle de son village ou était-il considéré comme le descendant du Roi Danhomê (dans le ventre de Dan), qui fut tué par un autre prétendant à la couronne qui ne cessait de la harceler pour obtenir plus de terres constructibles de lui ?

    Quoiqu’il en soit ce fut son frère Dakodonou qui lui succéda en 1620 en prenant le pouvoir alors que Gangnihessou était à l’extérieur du village (déjà à cette époque! ). Contrairement à son prédécesseur, il est considéré comme un véritable souverain. Son règne jusqu’en 1645 fut emprunt de violence et de brutalité inutile. Son neveu Aho Houegbadja lui succéda à sa mort. Avec lui le sens du Royaume du Dahomey prit son essor. Il construisit la capitale du royaume, Abomey (au milieu des remparts), édita les premières lois, forma un gouvernement avec qui il dirigea adroitement, codifia la religion et l’administration. Il forma même le premier corps militaire féminin (Ahosi = nos mères) que la colonisation allait bientôt surnommer les Amazones. Le royaume du Dahomey était né !
    Son fils qui monta sur le trône en 1685 sous le nom d’Houessou Akaba héritait d’un royaume aux frontières sures que nul roitelet environnant ne songeait à remettre en cause. D’ailleurs, Houessou Akaba acheva les réformes de son père en instituant les rites du sacre au Dahomey. Il entreprit d’étendre son royaume en attaquant les royaumes yoroubas voisins (actuel Nigeria) mais cette guerre sanglante ne fut parachevée que par quelques succès. En 1708, il décède. Son frère Doussou Agadja lui succède. Le fils d’Akaba étant âgé seulement de 10 ans, son oncle décide d’accélérer sa prise de pouvoir. D’ailleurs le Prince Agbo Sassa sera exilé lorsqu’il réclamera son trône à sa majorité et nul ne songera à remettre en cause le pouvoir de son oncle.

    Même si le souverain usurpateur agrandit de façon considérable le Royaume du Dahomey, il se vit contraint de payer un tribut annuel aux Yoroubas d’Oyo qui venait de le défaire lors d’une énième guerre territoriale. C’est aussi en 1733 que le souverain Dahoméen rencontra des commerçants hollandais venus négocier la libération de trois de leurs camarades pris en otage lors d’une attaque d’une ville voisine.

    En 1740, son fils Tegbessou lui succède. A peine couronné, il annonce qu’il refuse de payer l’humiliant tribut au Royaume d’Oyo. Mal lui en prit, les Yoroubas réagirent rapidement et Tegbessou dut se plier lui aussi conte son gré au versement du tribut.
    Pour compenser cette perte d’argent, Tegbessou se fit ardent défenseur de la vente d’esclaves aux européens qui le rétribuait avec des armes à feu. La côte du Dahomey devint une plaque tournante du commerce triangulaire. Tegbessou s’assurait ainsi une rente annuelle de 250000 Livres Sterling. En 1774, le souverain pouvait s’éteindre tranquillement tandis que son fils Kpengla lui succédait sur le trône. Commerce des esclaves et guerres de conquête (il détruisit entre autres le village d’Ekpe au Nigeria) furent les credo de son règne. Son fils qui fut intronisé en 1789 sous le nom d’Agonglo fut le souffle dont avait besoin le Royaume. Il baissa les impôts, réforma la monnaie, le mode de parcelles cultivables et prit pour épouse secondaire, une métisse issue d’un hollandais. Ses rares victoires accrurent le prestige de la monarchie

    En 1797, Dandozan son fils lui succéda. Considéré comme le neuvième roi de la dynastie, son nom a pourtant été effacé de l’histoire du Dahomey. Faible et mauvais guerrier, Dandozan vendit son frère et sa mère en esclavage, tenta de faire de même avec ses ministres quand il ne jetait pas ses hyènes apprivoisées sur des gens de son peuple allant même à ouvrir le ventre de femmes enceintes après avoir parié sur le sexe du fœtus. La folie, la cruauté étaient maîtres au Dahomey. Ne dit-on pas que le vaudou était son seul Dieu…

    Une opposition à son règne fit surface et certains membres de l’aristocratie se sauvèrent auprès du frère du souverain, Ghezo. Ce dernier avait réussi à se réfugier vers la ville de kana et s’y était installé. Grâce à un commerçant brésilien qu’il avait fait évadé des geôles de Dandozan, il opéra un véritable coup d’état en 1818 se débarrassant de l’encombrant souverain. Francisco Félix de Souza, le fameux brésilien qui l’avait aidé dans cette prise du pouvoir reçut d’importantes charge au sein du gouvernement et ce jusqu’à son décès en 1849 où ses fils en hériteront.

    Ghezo continua le prospère commerce des esclaves mais prévoyant une éventuelle fin à cette lucrative marchandise ordonna que l’on multiplie les parcelles d’agriculture afin de pourvoir à un éventuel manque d’argent. Militarisant à outrance son royaume, il mit fin définitivement au paiement du tribut au Royaume d’Oyo et repoussa toutes leurs attaques bien et en perdit la vie en 1858.

    Son fils Glele pouvait se reposer sur les lauriers de son père, entrepris de le venger néanmoins et de continuer malgré tout le commerce des esclaves. Si il signa un traité avec la France le 19 Mai 1868, cédant Cotonou aux européens, il refusa toujours de recevoir des émissaires anglais qui venaient d’interdire le commerce de l’esclavage sur les côtes. Commerce qui vit son déclin dès lors que les navires britanniques attaquèrent sans relâche les navires esclavagistes depuis le Nigeria.

    Le 29 Décembre 1889 sur son lit de mort, il enjoint son fils le Prince Kondo de résister aux Français qu’il trouve désormais trop gourmand. En 1861, les Anglais attaquèrent la ville de Porto Novo (anciennement Hogbounou mais rebaptisée en 1782 telle quelle par les Portugais) mais celle-ci appela à l’aide les Français qui s’empressèrent de fortifier la ville. Cette annexion de fait déplut fortement au souverain qui continua de percevoir les impôts du à son royaume de Porto Novo. Lorsque après 1882, le Roi de Porto Novo renouvela la protection demandée au Français, les forces armées du Dahomey fondirent sur la ville. En Mars 1889, le souverain se heurta aux Français lorsqu’un de ses détachements envoya la tête décapitée d’un chef de village dans le drapeau français aux autorités coloniales.

    Le Prince Kondo, âgé de 45 ans, prit le nom de Béhanzin. Chargé de négocier la reddition des Français, le Prince repartit bredouille non sans avoir avertis que les Français se fortifiaient dans Cotonou et que des troupes sénégalos- gabonaises avaient fait leur apparition dans la ville. Le 21 Février 1890, les ambassadeurs Fon du Dahomey furent mis en prison. Le 5 Mars, Béhanzin et son armée mirent le siège devant Cotonou. La guerre durera jusqu’au 3 Octobre 1890 sans que le souverain n’est pu reconquérir son honneur perdu. Le traité d’Ouidah fut humiliant. Il perdait ses droits coutumiers sur Porto Novo en échange d’une rente annuelle de 20 000 francs et voyait son royaume amputé de ses côtes. La Colonie du Dahomey était née.

    Béhanzin n’était pas homme à renoncer si facilement. Il mit deux ans à se préparer afin de recouvrer son indépendance. En 1892, les soldats de Béhanzin s’emparent des villages près de Porto Novo afin de sécuriser ses frontières. Les Français prennent ce prétexte pour lui déclarer la guerre. Des nouvelles alarmantes (largement exagérées) de sacrifices humains et d’esclavage étaient venues aux oreilles du gouvernement français qui avait donné l’ordre de soumettre le Royaume Dahoméen. Les affrontements feront rages durant deux ans. L’armée française a fort à faire avec le corps féminin du Roi Béhanzin. Le Colonel Alfred Dodds, en charge du corps expéditionnaire français, finit par prendre Abomey le 17 Novembre 1892. Béhanzin doit s’enfuir et continuer la résistance.

    Epuisé par tant de vains combats, Béhanzin accepte de rendre les armes le 25 Janvier 1894. Les autorités coloniales décident de l’envoyer en Martinique le 30 Mars avec sa famille afin de réduire au silence les derniers fidèles de la monarchie béninoise défunte. D’ailleurs, les autorités coloniales avaient installé à sa place sur le trône le Prince Agoli Agbo, frère de Béhanzin. Le Prince n’avait pas fait de difficultés pour accepter le pouvoir. Les Français avaient décidé de restaurer la monarchie en faveur du premier Prince qui accepterait de signer la reddition.
    Souverain de pacotille car de l’armée de Béhanzin, il n’en reste guère que quelques guerriers à qui on a octroyé le port de lances, les arme à feu ayant été interdites par les colons. L’administration coloniale entendait se passer du souverain sur du court terme. Le 12 Février 1900, Agoli Agbo était promptement destitué et envoyé en exil au Gabon. Nul ne songea à protéger le souverain. Officiellement, l’autorité coloniale prenait possession du Royaume du Dahomey et abolissait la monarchie béninoise.
    Béhanzin est exilé en Algérie où il y décède le 10 Décembre 1906. Agoli Agbo reviendra en Dahomey en 1918 mais ne retrouvera aucun pouvoir. Les autorités coloniales autoriseront en 1928 le retour de la dépouille du Roy, nul hommage ne lui sera rendu.

    Le Dahomey obtiendra son indépendance le 1er Août 1960. Transition démocratique facilité par les autorités coloniales. Une République avec un triumvirat présidentiel à sa tête est installée. Ce régime particulier au Dahomey sombrera vite dans l’anarchie politique et il faudra attendre le coup d’état du Général Mathieu Kérékou (né en 1933) le 26 Octobre 1972 pour que la situation du pays soit rétablie.
    Trois ans plus tard, le Général Kérékou mettait fin à la République du Dahomey et remplaçait par celle-ci par la République (marxiste) du Bénin, en hommage au grand Royaume Nigérian voisin. Le pays vivra sa transition démocratique en Mars 1991 avec l’élection de Nicéphore Soglo à la tête de la République. L’actuel souverain du Dahomey est le Roi Agboli Agbo II Dedjlani, âgé de 54 ans et ancien policier à la retraite, depuis le 30 Septembre 1989.
    En 2005, la famille royale a chargé le Consul honoraire du Bénin de retrouver la tombe du prince héritier et fils du Roi Béhanzin, Arini Ouanilo, enterré quelque part à Bordeaux où il s’était réfugié en 1906 à la mort de son père. Né en 1886, le Prince avait suivit son père dans l’exil en 1894 avant de lui succéder comme souverain titulaire du Dahomey. Ayant réussi à devenir avocat ; il obtient le droit de pouvoir ramener les cendres de Béhanzin en Mars 1928 au Bénin, c’est lors de son voyage de retour que le Prince héritier contracte une congestion pulmonaire. Mort le 3 Octobre 1928, sa dépouille a été rendue au Bénin en Septembre 2006 pour des funérailles nationales.

  17.  
    SURPRIS
    | 6:18
     

    Bonjour,
    Je n’ai pas lu votre livre, mais le résumé qu’on en fait oui ! Lorsqu’on écrit une nouvelle, il faut s’y cantonner. Le livre de Robert Chatwin sur le vice-roi de Ouidah en est une et l’auteur est clair dessus. Mais je suis assez interloqué que votre livre soit présenté par beaucoup ici comme un livre d’histoire qui révélerait des choses réelles. Quelles sont vos sources ? Je crois que vous en avez de non sérieuses et pas crédibles ! Les livres d’histoire sur Adandozan de contemporains l’ont présenté comme un souverain despote et c’est ce que l’on apprend aujourd’hui auprès des membres des différentes familles princières d’Abomey. Quant à Ghézo, il est clair que sous lui, le Danhomey s’est humanisé. La traite négrière est mal comprise par beaucoup de vous. Elle est certes aujourd’hui vue de façon horrible et il est vrai avec ce regard qui est le nôtre. Mais tel que vous l’entendez c’est faire de l’anachronisme. Vous parlez de traitrise, par rapport à qui ? Les rois fon n’ont pas trahi leurs citoyens puisqu’on ne vendait pas les siens. Les autorités fon ne vendaient que les citoyens des autres peuples mahi et nago. A l’époque, ils se percevaient telles des nations. De la même façon les royaumes nago et yoruba d’Abéokuta et Oyo vendaient les captifs fon, au cours des guerres. La notion de nation béninoise, de peuple, rassemblant diverses ethnies vues à l’époque comme nations différentes, est récente. La traite des hommes n’est pas l’apanage des seuls Blancs et Noirs. Les germains et gaulois ont été réduits en esclavages par Rome. Il y a eu des esclaves Juifs sous l’Egypte pharaonique, en grande partie noire. Les Abyssins Noirs ont eu des esclaves et serviteurs Arabes avant l’arrivée de l’islam et les Noirs ont été réduits en esclavage par les Arabes avec l’avènement de l’islam. Il y a eu des tribus noires qui réduisaient en esclavage les fils d’autres tribus noires. Les Noirs n’ont pas attendu les Noirs avant de le faire. L’esclavage existait bien des siècles avant l’arrivée de Francisco Félix de Souza. Il y avait des Noirs, des Arabes, des Portugais et autres européens Blancs, gentils (non juifs) et Juifs, qui ont vendu des hommes, bien avant lui, de même qu’après ! D’autre part, avant Ghézo la fête des coutumes était bien plus meurtrière, il y avait parfois plusieurs milliers d’hommes tués horriblement, décapités et immolés pour assouvir les ancêtres royaux. L’esclavage était même souhaité par beaucoup de captifs pour échapper à ces meurtres barbares. C’est ainsi que le père Borghero, le prince de Joinville, et bien d’autres, l’ont démontré. Don Francisco refusait d’y assister et ces contemporains comme Monléon, et bien d’autres navigateurs européens l’ont décrit comme un homme empreint de beaucoup d’humanité. Lorsque son fils Antonio s’en prenait à certains d’entre eux, il s’opposait. Il y a beaucoup d’esclaves qui n’ont pas été aussi vendus et sont restés auprès de la famille de Souza. On parle déjà avant les années 1840, de 12 000 esclaves non vendus. Certains restaient dans des quartiers comme Maro et autres, à Ouidah, pour faire plusieurs travaux. Francisco, par exemple, a été déterminant dans la construction de la ville de Ouidah, le traçage des artères, le dragage des lagunes, l’institution de plusieurs métiers, etc. La ville de Cotonou a été née en grande partie, suite à son instigation, pour échapper à la répression anglaise. La plupart des esclaves était envoyé à Bahia, or la bas leur traitement n’avait rien à avoir avec celui qu’on infligeait aux Noirs aux Etats-Unis. C’est pour cette raison que beaucoup d’esclaves sont devenus négriers et ont vendu beaucoup d’autres indigènes, captifs de razzia, que leur vendaient des chasseurs dans l’intérieur des contrées des royaumes avoisinant l’ancien Danhomè. D’une part, ces anciens esclaves ne vendaient pas les leurs, puisqu’ils se sentaient différents et parfois ce n’était qu’un juste retour de chose : puisqu’ils l’avaient connu du fait de leurs anciens frères, quand c’était le cas. D’autre part, ils avaient expérimenté l’esclavage et ils étaient revenus avec la connaissance d’un métier et des avantages, après avoir acheté leur libération. Garder cette différence dans le Danhomey, où beaucoup n’eurent point le choix en y revenant, car chassés suite à la révolte des Malès, en 1835, leur permettait de ne pas subir les caprices des royautés indigènes. Ensuite, pourquoi ne charger un homme qui a fait l’esclavage, parmi tant d’autres, et qui a en plus bâti le pays ? De surcroît, si cet homme a eu le mérite d’avoir aidé à remettre un prince au trône, Ghézo, en tenant sa parole, et destitué un roi despote, Adandozan, qui refusait de régler ce qu’il devait. En tout cas Don Francisco c’est tellement acquitté de sa mission, au point d’avoir été ruiné. Beaucoup de bateaux lui ont été confisqués à la suite de cette traite qu’il souhaitait arrêter, à tel point qu’il devait retourner vers 1821 au Brésil. Il faut tout de même noter qu’il ne pratiquait pas, ou très peu ce commerce avant d’avoir été nommé à Ouidah. Il vendait plus du tabac, de la poudre et de l’eau de vie, etc. Quand lui et ses fils n’arrivaient plus à vendre, (ce qui a ruiné complètement le sieur, d’autant plus que les Aboméens razziaient régulièrement les biens des Brésiliens, à leur mort), ils y étaient contraints. Il n’y a qu’à se référer à Robin Law, Doguicimi, pour voir que c’étaient surtout les Aboméens qui incitaient à la traite les Portugais et Brésiliens. Pour en revenir à la traitrise, des Souza ? Quoi comprendre ? Don Francisco était un blanc ou au surplus de père blanc et de mère métisse amérindo portugaise. Alors il vendait des Blancs ou des métis, ou même des mulâtres ? Alors traitrise par rapport à quoi ? Ces fils le faisaient ? D’ailleurs, un homme célèbre, d’une ethnie non fon, au Bénin, descend d’une famille dont l’ancêtre, collaborateur du chacha, a failli être vendu car il se comportait mal. Ce sont les enfants Souza qui ont empêché leur père de le vendre. Ces enfants Souza, mulâtres et parfois métis (de mère indienne) avaient souvent des mères mina et fon, souvent princesses, ou filles de chefs. Alors, en quoi étaient-ils semblables, puisque les fon n’étaient pas vendus par le Danhomey ? Je trouve aussi bizarre qu’on ne parle pas des Haoussas mis en esclavage par les fon et yorouba, des Yorouba mis en esclavage par les fon et les Haoussa, ou encore des Nago de Savè mis en esclavage par les Baribas, etc. Dans l’ancien Danhomey l’esclavage était le fait de la plupart des entités politiques qui ne se voyaient pas comme semblables. Ils se percevaient en race distincte. Il faut lire Doguicimi, car il s’agit d’un roman, certes, mais historique, car basé sur des recherches réelles en se basant sur l’oralité transmise, par Paul Hazoumé ! Alors si vous demandez condamner les Souza, alors condamner les descendants des grandes familles de Ouidah, envoyées par Abomey, vendre des Noirs d’autres nations. Ces familles Robin Law les cite et tout chercheur sérieux les connaît ! L’esclavage s’est poursuivi en tout cas bien après la mort de chacha et la renonciation de ses fils qui s’étaient reconvertis progressivement dans le commerce de l’huile de palme. Personne n’évoque aussi le fait que cette famille à qui Abomey doit beaucoup a failli être décimée sous Béhanzin. Personne ne parle aussi du faux procès, notamment l’affaire fabriquée du protectorat du Portugal sur le Bénin. Au cours de cette affaire, le protectorat ne pouvant être traduit en fon, Juliao en a restitué l’idée par autre chose, à une époque où il fallait contrebalancer l’action d’autres puissances qui voulaient, elles, réellement coloniser le pays. Le résultat a été que la famille de Souza a été massacrée, en partie, à la cour d’Abomey qui lui devait beaucoup dans sa prospérité ! En conclusion, Francisco Félix de Souza n’est pas le seul responsable d’une traite négrière qui a existé avant et après lui, ni ses fils. Par exemple, un président s’en prenait, au Bénin, à sa mémoire alors que son ancêtre était un négrier bien connu et que l’ancêtre de sa femme a été collaborateur dudit Souza. Et puis, les descendants Souza devront-ils payer la faute de leurs aïeux indéfiniment jusqu’à la fin des temps ? Enfin, savez-vous que beaucoup de gènes de cette famille, suite aux échanges matrimoniaux, se ballade dans le corps de beaucoup de Béninois, Togolais, Nigérians, Ghanéens, etc. et qui ne portent même pas ce nom ? Donc, il s’agira alors de faire la peau à certains des vôtres et à éliminer une partie de vous ? Je pense donc que le livre de ce pseudo historien est dangereux car il livre de fausses informations, basées sur des analyses fallacieuses et qu’il incite la haine gratuite. Mais une chose est sûre, la palme de l’inculture doit être décernée plus régulièrement !

  18.  
    de Medeiros.C
    | 13:02
     

    BONJOUR, J’ai lu ce roman et l’ai apprécie à sa juste valeur c’est à dire comme une histoire inventée sans lien étroit ni concret avec la réalité. Ce que je retiens des interventions ici présentes est que la haine et la rancune sont toujours tenaces. On ne peut reprocher aux petits et arrières petits enfants les crimes de leurs ancètres. Sinon les rois du Danxome et tous leurs serviteurs seraient au coté des esclavagistes dans ce jugement. Ce qui me choque c’est, comme on le voit souvent, les raccourcis et amalgames sans aucunes nuances or l’histoire n’est pas un bloc monolithique, elle est nuances et subtilités. Ce roman favorise l’amalgame et les raccourcis en mélant histoire et fiction. L’histoire repose sur une analyse des faits, le roman sur l’imagination de l’auteur, en faisant un parallèlle entre ce roman et l’histoire, on fait en quelque sorte du révisonisme. Laissons aux historiens le travail sur la mémoire, aux romanciers de nous séduire avec de jolies histoires, ce roman n’est qu’une histoire imaginée parmi tant d’autres.

  19.  
    nouveau maillot psg 2014
    | 7:46
     

    Woah! I’m really enjoying the template/theme of this blog. It’s simple, yet effective. A lot of times it’s challenging to get that « perfect balance » between superb usability and visual appearance. I must say you have done a fantastic job with this. Also, the blog loads very fast for me on Internet explorer. Superb Blog!
    nouveau maillot psg 2014 http://www.britisnours.com/email/maillot-psg-2014-pas-cher.html

  20.  
    Emmanuel Isidore BOCCO
    | 18:55
     

    En faire un film, le déroulé se faisant entre Comé et Porto-Seguro (Lakomé)
    !?

1 2

Laisser un commentaire