• Accueil
  • > L'auteur
  • > HERITAGE A KALAKUTA REPUBLIC : SEUN EST-IL LE DIGNE HERITIER DE SON PERE?
HERITAGE A KALAKUTA REPUBLIC : SEUN EST-IL LE DIGNE HERITIER DE SON PERE?

Posté le 30 janvier 2009

 fela.jpg  seunkuti.jpg  seunkuti2.jpg

          Le père    et…  le fils

Le jeudi 28 janvier, Seun Kuti, l’un des nombreux princes de Kalakuta republic, s’est produit au théâtre de verdure du Centre Culturel Français de Cotonou. Occasion pour nous de voir, au-delà du nom, ce qui, chez ce communicateur hors pair,  relève de l’héritage du « black president », son père ! 

On dit qu’il ressemble trait pour trait à Fela. Sans doute. Au physique, les deux, mis côte à côte, entretiendraient bien la confusion. Visages ovales, fronts dégarnis, yeux à demi-éteints, pommettes saillantes, teint soleil couchant : Seun Kuti est bien le fils de son père, Fela.  Si le « black president » paraît menu, le cadet des Kuti ne brille pas non plus par sa carrure. Au surplus, lui concèderait-on une taille moyenne, des muscles moyens plutôt respectables, bref un Fela bis, mais plus beau ! 

La ressemblance entre les deux ne s’arrête pas là. Seun, depuis la prise en main de Egypte 80, le groupe de son père, s’efforce, en tout point de vue, d’être la copie conforme du maître de Kalakuta republic. Sa musique d’abord : l’afro-beat. 

Le rythme, inventé par Fela au début des années soixante-dix après des expériences inabouties du folk anglais mâtiné du rockn’roll, est remis au goût du jour. Mais ce n’est pas une revisitation de cette musique, ni de sa re-création ; c’est plutôt le retour aux sources de l’afro-beat original, tel que savait le cuisiner Fela dans le « Shrine », sa boite de nuit qui lui servait de laboratoire artistique. Un « beat » toujours fort, marqué par des percussions de Groka et de tambour léger, soutenu par des cuivres (quatre) qui se relaient constamment. Les notes de la guitare solo surfent alors au-dessus des autres instruments, sans vraiment en orienter la trajectoire, un peu comme pour rappeler la gaîté permanente d’une Afrique insouciante. 

fela036xfo.jpg

C’est ici que le jeune chanteur est un réel clone du père. Si ces morceaux sont vraiment dansants, si la musique paraît parfois euphorique, il y a, en arrière plan, le souffle de ce militantisme têtu, cette dénonciation des tares des dirigeants nigérians qui avait rendu célèbre Fela. Les textes de Seun portent la colère d’une jeunesse africaine malade d’un système politique fait de prédation des richesses nationales, de corruption, de concussion, de mal-gouvernance, de déficit démocratique et de toutes les dérives liées. D’ailleurs, dans le peu de textes que comportent ses chansons, on retrouve les mêmes formules, les mêmes slogans de défiance que Fela aimait lancer au pouvoir public. 

C’est de la même manière à l’ancienne que le cadet des Kuti anime sur scène : avec ses costumes étriqués près du corps, il chante, les yeux fixant le sol, le micro dans la main droite, le bras gauche écarté battant frénétiquement l’air. De temps en temps, il embouche son saxo pour se joindre aux cuivres des autres instrumentistes. Et lorsqu’il les abandonne, le voilà lancé dans une danse endiablée, comme piqué par une guêpe, se contorsionnant à loisir, piétinant le sol de ses jambes écartées, la croupe bien en l’air, dans une espèce de transe parfaitement maîtrisée. Comme son père, il peut alors enlever le haut de son costume, plus pour montrer la finesse de son buste que pour traduire sa folie dansante. 

Et c’est là que s’arrête la comparaison avec Fela. Autant le  » black president  » vivait sa transe comme une jubilation, le summum d’un état de nirvana, autant pour Seun, être nu, c’est presque un passage forcé, une imitation sans conviction du modèle paternel. Et tandis que le fils se contente de deux ou trois tours de piste, le père, lui, s’abandonnait totalement à ses délires, se roulant sur le podium, enlevant haut et bas, ne laissant finalement sur son corps qu’un filet de linge avec, à découvert, le gras du pubis. On disait alors du « black president » qu’il était, dans les trois quarts du temps, drogué et qu’il pouvait se permettre toute licence sur scène comme dans la vie. Sans doute, mais il y a beaucoup de chanteurs junkies, incapables de génie. 

seunkuti2.jpg

Autre différence avec son géniteur : Seun n’est pas chanteur de génie. Il hurle plus souvent qu’il ne chante. Sa voix grave, raide, a du mal à s’étirer alors que son père, qui avait les mêmes handicaps, avait réussi à être un bon vocaliste avec des morceaux exigeants. 

Mais au-delà de tout, Seun Kuti est une valeur émergente. Si les gens ne veulent voir, à travers lui, que la copie servile du  » black president », ils ne pourront qu’être déçus. C’est pour cela que le cadet des Kuti est en train de tuer le père pour être lui-même, afin de mériter, au même titre que Femi, l’autre héritier, l’immense trésor de Fela ! 

10 commentaires pour « HERITAGE A KALAKUTA REPUBLIC : SEUN EST-IL LE DIGNE HERITIER DE SON PERE? »

  1.  
    sessi
    | 14:33
     

    Texte assez élaboré dans un style clair et magique pour une comparaison de taille entre un sourverain et son héritier.
    Je trouve ton texte bien écrit à l’image d’un écrivain dont le style d’écriture se laisse aller entrainant le lecteur dans les méandres de tes idées et de ton imaginaire.
    Merci Florent pour ta passion d’écriture.

  2.  
    Levine
    | 19:47
     

    Je souscris totalement à l’analyse de Sessi. C’est un article qui vous donne envie de voir le fiston sur scène. C’est vrai que tous les deux, Femi et Seun, revendiquent l’héritage du père dans une guerre à peine voilée. Il paraît que maintenant, ils se parlent. Tant mieux. La polygamie est une tare de notre société!

  3.  
    kolawolé
    | 15:30
     

    F c’est Z,l’homme qui magnifie la langue de molière au dessus des tropiques…le seul qui sache encore dire sans usage d’artifices l’essence et la quintessence de l’idée.Longue vie à toi.

  4.  
    Septime
    | 17:11
     

    Avec Florent, un article de journal est toujours une oeuvre d’art. Merci pour cette belle comparaison du père et du fils!

  5.  
    amoussou constantin
    | 13:16
     

    Oui salut! Le père de notoriété planétaire, extra-planétaire aussi. Peut-être ! et les fils qui se battent pour lui ressembler. Mon père a dû rêver de ce destin et a dû souffrir de mon refus d’aller au prytanée.Mais je suis pas bon fils et je n’ai pas le souvenir d’avoir dit une fois OUI à mes parents, sur les questions fondamentales. Qu’ils pardonnent le fils rebelle qu’ils ont engendré. Quand j’avais 9ans, je traversais le Nokoué dans presque toute sa largeur pour aller pêcher du poisson, mon courage comme galion. Mon père, lui, avait quitté le village, abomey-Calavi, pour ne pas devoir finir pêcheur. Et le plus adorable de ses garçons le devient en pleine ville de Cotonou. Evidemment,c’était une étape, un espace d’initiation. Mais le vieux, lui, jérémiait sur le bel avenir qu’un brillant garçon décide de gâcher par des préférences bizarres. Rien à foutre! Mais il est heureux lui, le Président. Deux fils pour lui succéder à son trône. Mais c’estpas différent des trucs des gnassigbé, sauf que la scène est différente: ICI, musique. LA-BAS, politique. Tu vois un peu. Non, c’est pas vrai, je les aime, les Kuti. y amême des gens qui aiment les Gnassingbé, donc c’est un devoir d’aimer les Kuti, dès lors qu’ils font leur révolution dans les théâtres. En se mettant bcp d’argent dans la poche et en collant la Paix aux corbeaux qui nous zigouillent.
    détail que j’oubliais, j’ai jamais vu Fela sur scène. Même pas dans un vidéo. Mais à force d’entendre parler de lui et de lire des choses sur lui, j’ai l’impression de le connaître.

  6.  
    Nabil
    | 2:27
     

    Constantin la terreur! J’aime bien tes chroniques à la télévision, même si parfois, on a l’impression que ton débit est époustouflant…Cette comparaison avec ton enfance et les héritiers de Fela, j’avoue ne pas y comprendre grand chose. Peut-être que j’ai loupé un épisode de ton raisonnement!

  7.  
    | 2:12
     

    Constantin, c’est vrai qu’on ne devient pas forcément ce que les parents prévoient pour nous; ils ont beau exiger ceci ou cela, tant que les enfants ne se sentent pas concernés, cela ne se réalise pas.
    Emouvant, cet épisode de ton enfance de petit pêcheur sur l’onde de Nokwé…Et que de chemin parcouru depuis!

  8.  
    Constantin Amoussou
    | 20:21
     

    Salut Nabil. merci de suivre et d’aimer mes chroniques sur Bonjr Citoyen. ce vilain débit, je le dois à mon père. Ils trouvent tjrs, les parents, le moyen de nous inculquer quelquechose. En cela, ils ont pour fidèles alliés les chromosomes, et on va quand même pas leur dire non, auyx parents, chaq fois qu’ils tentent quelque chose pour faire identifier leur progéniture. Des Kuti, j voulais dire qu’ils ont choisi de ressembler à leur père, là où moi j’ai décidé d’être différent du mien.il était un gentil policier, mon père. Premier officier du Dahomey…Formation en France.Etc…Père exemplaire..Mais vraiment, pas grand chose à foutre.

  9.  
    Anonyme
    | 9:22
     

    tout compt fait l`artiste,aussi talentieux soit t`il,a besoin de se sentir lui même pour être sûr de lui. bravo

  10.  
    Dr. Hippolyte Moreira
    | 18:02
     

    Salut Florent,
    Belle analyse, je viens de découvrir ton blog (via togoforum.com) et j’ai l’impression qu’on n’y s’ennnuie pas vu les débats qui suivent chaque article. Bonne distraction pour nous qui sommes perdus quelque part en Afrique entrain d’essayer de ramener la paix, pendant que les héritiers chez nous…
    Bon courage et à tout à coup dans les rues de Cotonou!
    Moi!

Laisser un commentaire