Qu’attendre de 2009 ?

Posté le 21 janvier 2009

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La vague des souhaits a déferlé comme à l’habitude : paix, santé, prospérité, bonheur, bref tout ce qu’on a l’habitude d’entendre ici et là dès que le soleil du premier janvier décille son œil sur l’année nouvelle. Comme si la prospérité viendrait par magie ou comme si le bonheur était un état subit qu’aucune antériorité de situation ou de faits ne pourrait conditionner

En Palestine, l’année a commencé comme la précédente s’est achevée : dans la guerre et sous la trombe des bombes. Si, dans les sous-sols de Gaza, les chefs du Hamas grignotent des arachides en regardant sur El Jazira les images de la guerre – avec quelques DVD pornos de rechange quand Israël brouille les ondes –, les populations, elles, ne doivent qu’invoquer Allah ou se terrer sous les décombres de leurs maisons éventrées par la machine de Tsahal. L’armée israélienne, aveuglée par une haine quasi viscérale, prend pour cible tout ce qui ressemble à un non-israélien, multiplie les bévues comme stratégie de combat. Pour elle, un vieillard ou un nourrisson gazaouite est tout aussi fusible qu’un combattant du Hamas. 

Devant la complaisance des Américains, l’impuissance des Nations unies et le mutisme du monde arabe, il n’y a que la diplomatie des Occidentaux qui, cahin caha, peut réussir à arracher aux deux antagonistes un cessez-le-feu, prélude à un accord de paix. Pendant ce temps, la rue arabe continue de relayer la fureur des Palestiniens, vouant aux gémonies leurs propres responsables politiques accusés de mollesse et de poltronnerie. 

Cette région où le conflit armé est devenu endémique depuis des siècles, ressemble à s’y méprendre à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ici aussi, la guerre est toute aussi récurrente. Minorités ethniques, communautés locales, milices progouvernementales, rebelles manipulés, anciens « génocidaires » maquisards, armée du FPR, tout le monde s’affronte et s’entretue, en mettant en joue les populations civiles. Et si on ajoute à ce capharnaüm les trafiquants de tout poil – aventuriers blancs, desperados tropicaux et mercenaires à la solde des multinationales occidentales – le brouillard est total. De telle sorte que le Congo, devenu territoire élu des affreux et Cie, est condamné à ne jamais connaître la paix. Et ce n’est pas à ses dirigeants que ça déplairait, eux, qui ont confié l’exploitation du sous-sol du pays aux Chinois contre l’érection d’infrastructures routières et de quelques gâteries personnelles. Jamais, on n’a vu dans le monde moderne, un Etat aussi démissionnaire et aussi indigne. Incapable d’être maître chez lui, de mettre au travail ses jeunes, d’inventer un nouvel avenir pour son peuple … 

Alors qu’attendre de 2009 ? 

On verra sans doute encore les boat-people, coincés entre l’enclave de Mellila et l’île de Lampedouza. On les verra, le regard vide, les lèvres desséchées, recroquevillés sur eux-mêmes, entassés dans des pirogues à la dérive. Parmi eux, on comptera des cadavres, bébés ou adultes, des âmes dont la résistance, contre les flots marins, ne tiendrait qu’à un fil usé. La misère s’étalera encore une fois sur les écrans d’Italie et du monde pour alimenter une fois encore  le « charity business ». 

Qu’attendre de 2009 ?  

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On a dit et on continue de croire que l’avènement à la Maison Blanche de Barak Obama est un signe d’espoir ; que les Américains, à travers la figure du nouvel élu, vont attirer la sympathie du monde ; que l’épisode d’un Bush autiste, arrogant et inutilement belliqueux, va progressivement s’estomper dans les mémoires. Prévision optimiste ? Ou analyse liée à l’euphorie de la victoire du premier président « black » de l’histoire des Etats-Unis ? En tout cas, on verra si, à côté de ses discours enflammés, l’ancien sénateur d’Illinois prolongera la séduction dans les faits… 

Qu’attendre enfin de 2009 ? 

Que, marqué les images violentes qui ont marqué 2008, il y a des raisons, ici comme ailleurs, d’espérer. Il suffit de voir entre autres, les performances démocratiques du Ghana, le coup d’Etat heureux en Guinée qui balaie le règne ubuesque d’un système absurde et fossilisé.

Mais de tout ce que nous promet 2009, je m’attarderai sur un domaine moins politique, plus lisse, porteur aussi de rêve : la littérature. Je pense à Black Bazar d’Alain Mabankou sorti au Seuil, ce 3 janvier. Un roman dont l’auteur, en novembre dernier à Bamako, m’avait pourtant promis un exemplaire pour mon premier papier littéraire de cette année… C’est raté. Ou reporté à plus tard!

12 commentaires pour « Qu’attendre de 2009 ? »

  1.  
    Alceny B
    | 20:49
     

    Salut FCZ! Pourquoi tirer un coup de revolver au milieu d’une pièce de musique? Et éconduire rapidement nos rêves. On a conscience que le monde est un cauchemar et que, contrairement au bus, on ne peut crier à la planète « Arrêtez, je vais descendre ». Alors chaque nouvelle année, on se permet de rêver, d’espérer un monde meilleur.Juste un mois. Avant que la réalité nous rattrape. Alors laissez-nous cet espoir et ces voeux de nouvel an. même si on sait depuis Gide que la fonction de l’écrivain est d’inquiéter.

    Plus serieusement, content de vous lire après tant de temps. Quand à la Guinée, je ne crois paas que ce pays soit sorti du cauchemar avec la soldatesque.

  2.  
    Alceny B
    | 20:57
     

    Je lis avec plaisir les romans de Manbanckou qui est un grand conteur; mais je ne crois pas qu’il soit un grand romancier.Peut-être que Black Bazar me convaincra de son talent de romancier…

  3.  
    Mathias
    | 23:21
     

    Salut à notre ami malien,

    Comme vous dites, on prend un prend un malin plaisir à se souhaiter les meilleurs voeux, mais on sait très bien qu’ils ne se réaliseront peut-être jamais…A part les voeux de bonne santé.
    Il arrive que la soldatesque fasse des miracles. Regardez dans votre propre pays, le Mali avec Amani Touré première version. Si on veut que les soldats guinéns soient sérieux, il ne tient qu’aux Guinéens de les surveiller comme du lait sur le feu. Cela dit, je trouve curieux que FCZ mette le serment d’Obama et la sortie d’un livre – fut-il de Mabanckou – sur les mêmes pieds d’égalité…

  4.  
    | 0:21
     

    Mon Cher Mathias,

    Alceny Barry n’est pas malien, mais Burkinabè.
    je suis heureux de revenir dans l’arène. Je peux même dire que cela m’a beaucoup manqué ces derniers temps. C’est vrai que parfois, on est désarmé par tous ces événements qui surviennent avec force sans qu’on puisse en arrêter le cours. Les souhaits y sont impuissants. Comme ce qui s’est passé il y a quelques hours à Gaza.
    Mais à contrario de ces drames, il y a d’autres faits qui nous rendent heureux. c’est ce bol d’air que l’investiture de Barak nous apporte. Mais, Mathias, je ne mets pas en balance le livre de Alain et l’avènement de Barak; non, je veux montret qu’à côté des sujets lourds et graves, il y a parfois de la légèreté qu’il est utile de mettre en évidence. Merci en tout cas!

  5.  
    Christelle
    | 13:11
     

    A propos de Mabanckou, je trouve la remarque de Alceny un peu exagérée. C’est quoi un bon conteur? C’est quoi un mauvais romancier? Sans doute, Mabanckou n’est pas le romancier africain du siècle, mais je trouve qu’il n’est pas mal. D’ailleurs, les succès qu’il a ne sont pas dus au hasard…

  6.  
    Alceny B
    | 13:32
     

    Chère Christelle, je ne juge de la qualité d’un écrivain à l’aune de son succès. On sait que le succès comme l’échec sont toujours une imposture ou un malentendu.
    Différence entre conteur et romancier: pour moi, avec un un conteur on passe un bon moment et on l’oublie; avec un vrai romancier, le livre refermé, on est riche de quelque chose.Un bon roman modifie, de manière imperceptible peut-être, votre regard sur le monde,et la langue de l’auteur résonne en vous, longtemps après. Sony, Yambo Ouologuem, Cheick H Kane de l’aventure ambiguë…sont de ceux-là. Ma liste n’est pas exhaustive.

  7.  
    Christelle
    | 12:38
     

    Vous avez raison, ce n’est pas forcément les succès de librairie qui déterminent la qualité d’un écrivain ou d’une oeuvre, mais il est également prouvé que ce n’est guère les navets qu’on achète.
    Cela dit, je ne peux pas me vanter d’avoir lu l’intégral Mabanckou, mais les quelques uns que j’ai parcourus ne m’ont pas déçue. Et sur le registre de bon romancier et de conteur, j’avoue mon ignorance là-dessus. Merci quand même!

  8.  
    Tête brûlée
    | 19:18
     

    Conteur ou pas, un écrivain est bon lorsque l’émotion qu’il vous apporte vous transforme! Je ne suis pas un fan de Mabanckou,je suis moi, encore, très classique. J’adore encore lire aujourd’hui Camara Laye, Ousmane Sembène et bien sûr, Nazi Boni. Mabanckou, Couao-Zotti, Raha…le malgache et tous les autres, je m’en balance!

  9.  
    Nabil
    | 19:48
     

    Salut,

    Je suis Nabil, un de vos anciens élèves au Bénin. Félicitations pour tout ce que vous faites pour la littérature béninoise et pour les jeunes auteurs du pays. Et que l’année 2009 vous soit féconde!

  10.  
    amoussou constantin
    | 13:41
     

    Salut Florent. Je n’avais pas échos de l’African Bazar. C’est toi qui me tiens informé de cette publication de Mabanckou. Et, en terme de titre, il ne pouvait pas être mieux inspiré. Avec ses Kadhafi, Roi des rois tradittionnels d’Afrique, éternel seigneur de la sinistre bokasserie qui envoie nos Tossah Gbaguidi et autres à Canossa, qu’est ce que tu veux qu’ellesoit, cette Afrique-là, si non une Cour du Roi pétaud.
    mais, je dois le laisser tranquille. Après tout, moi c’est Laterreur et personne ne s’en incommode. Donc je dois leur foutre la paix, aux Rois Pétauds.

  11.  
    | 2:19
     

    Constantin, Khadaffi est sans doute le seul chef d’Etat africain qui a sur les africains la même morgue que les Européens manifestent à l’endroit des autres africains. Bien-sûr, à cause de l’indigence ambiante, certains chefs d’Etat sont obligés d’applaudir à tout rompre ses numéros, mais en secret, émettent des réserves plus que fortes! Khadaffi pourrait en effet appartenir à la galerie du black bazzar,

  12.  
    Constantin Amoussou
    | 20:31
     

    Il y en a un ici qui ne s’ennuirait pas d’être à la place de Kadhafi. Un peu plus beau que Dieu, Un peu plus géant que Dieu.Etc…

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