Obama et nous

Posté le 8 novembre 2008

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C’est vrai, on l’a acclamé ; c’est vrai, un enthousiasme proche du délire s’est emparé de tous les Africains, chef d’états, hommes politiques, intellectuels, cadres moyens et même mana-mana ambulants qui ne comprennent goutte à la politique. 

Certains, comme partout où un nouvel homme vient au pouvoir, trouvent en lui le messie longtemps annoncé par les prophéties. D’autres, plus réalistes, pensent qu’avec lui, l’Amérique sera toujours l’Amérique, sans doute débarrassée de la morgue et du bellicisme entêtés de l’administration Bush, mais toujours pareille à elle-même : celle d’un pays imperturbable dans ses certitudes, conquérant dans sa position dominante, exactement comme tous les états puissants de l’histoire, tentés d’abuser de leurs forces. « Tentés », car la nuance se situe à ce niveau.  Plus que par le passé, l’Amérique qui a perçu le message de l’ensemble de la communauté internationale, sera bien obligée, à travers sa nouvelle administration, d’être moins autiste. Désormais plus encline à épuiser tous les canaux de dialogue avec les Etats dits « voyous » avant de se risquer sur la voie improbable de la guerre.  L’anti-américanisme qui fournit aux extrémistes de tout poil des prétextes pour djihadiser le monde, trouvera de moins en moins de partisans, à défaut de s’estomper définitivement. Ce qui nous intéresse en Afrique, c’est le rapport qu’Obama entretiendra avec nous, avec le continent. S’il revendique ses racines blanches, le futur locataire du White house ne nie pas ses origines africaines. D’ailleurs, la couleur de sa peau est, au-delà de son programme, la raison principale qui nourrit la fierté de beaucoup d’Africains et mobilisé leur enthousiasme. A entendre les jeunes dans les capitales africaines, le fait qu’Obama ait des origines kényanes est un élément de forte identification et d’appropriation du personnage. « Après tout, disent-ils, si certains le détestent parce qu’il est noir de peau, on peut l’aimer pour la même raison ».                                       

                   obama5.jpgMais cette situation ne fera pas de lui le dispensateur d’une aide à profusion aux pays du continent. Déjà attendu en Amérique pour relever les grands défis économiques et la récession dans lesquels le pays est plongé, Obama, même avec la meilleure volonté du monde, ne pourra rien pour l’Afrique. Du moins, pas grand-chose de différent par rapport à son prédécesseur. Par contre, sur le plan politique, sa présence au sommet de la première puissance mondiale, sera d’un atout remarquable. C’est ici que nous attendons Obama. C’est ici que son élection fera progresser la démocratie en Afrique.  Car, contre les dictateurs, les apprentis fraudeurs, tripatouilleurs des constitutions et autres auteurs de pronunciamientos, l’attitude du nouveau locataire de la Maison blanche doit refléter le changement. On sait que, de plus en plus, les dirigeants africains recourent aux putschs électoraux pour s’éterniser au pouvoir contre la volonté de la majorité et contre la légalité constitutionnelle. Si Obama se montre intraitable avec eux, il ne viendra à l’idée de personne de considérer ses interventions comme de l’ingérence étrangère. On ne pourra, en aucun cas, le traiter de néo-colonialiste ou de je ne sais quel « iste » dont sont friandes les éminences grises des pouvoirs. 

De fait – et ce sera là le deuxième aspect de l’apport d’Obama – les jeunes africains, fer de lance des mouvements contestataires, n’hésiteront pas, dans leurs manifestations pro-démocratiques, à l’interpeler et même à l’appeler à la rescousse. Ils n’hésiteront pas à exiger de lui de faire pression sur leurs gouvernements. Bien plus grave : Obama sera tenu pour « non-assistance pour démocratie en danger » par ces jeunes si jamais il ne traduisait pas dans les faits, sa fermeté contre les régimes liberticides de l’Afrique. Une fermeté qui repose, bien sûr, sur une autre approche de sanctions, un nouveau mécanisme de coercition qui n’aura rien à voir avec les mesurettes et les faux fuyants de ses prédécesseurs. On dit souvent que « la parole d’un grand frère a plus de résonnance que les cris du voisin ». A moins que dans ces circonstances-là, on trouve qu’Obama ait perdu la couleur de sa peau. Ou qu’il ne soit plus africain. Et sur ce chapitre, rien ne pourra être surprenant. La logique des princes au pouvoir est toujours versatile. Et à géométrie variable. 

4 commentaires pour « Obama et nous »

  1.  
    Xavier
    | 16:18
     

    Excellente analyse. Ce que je ne comprends pas, c’est l’idée selon laquelle Obama, une fois installé aux commandes, doit arroser l’Afrique de beaucoup de sous. Ceux qui le pensent en auront pour leurs gueules!

  2.  
    Xavier
    | 16:41
     

    D’accord avec toi, Florent, surtout quand tu parles de la contribution politique que Obama va apporter à l’Afrique. Les jeunes qui l’ont plébiscité en Afrique crieront désormais son nom lorsque les dictateurs de leurs pays seront tentés de réprimer ou de violer les acquis démocratiques!

  3.  
    Gangoueus
    | 16:58
     

    Très belle analyse, cependant Obama n’a jamais été africain. Son père l’a été et sa grand-mère est encore vivante. Nous pouvons espèrer une sensibilité plus importante que celle d’un cow-boy du Texas, mais face aux intérêts majeurs des USA comme le pétrole au Nigeria ou en Angola, les minerais en RDC, pourra-t-il se défaire des lobbies qui orientent la politique étrangère américaine? Rien n’est moins sur, car il a été élu pour défendre les intérêts du peuple américain.

    Maintenant ses leitmotiv sont « Change » et « Hope ». Nous espérons qu’ils ne s’adressent pas qu’aux américains uniquement. Notre salut doit résider en nous-mêmes…

  4.  
    Mathias
    | 11:58
     

    La première puissance mondiale, même si elle doit résoudre les problèmes domestiques, ne peut pas ignorer le monde autour d’elle. Le rôle d’un leader est extrêmement lourd à assumer. Vous avez raison, Gangoueus, Obama ne doit rien à l’Afrique.Même s’il a pris du continent une goutte de son sang, rien ne l’obligerait à être clément vis-à-vis du continent. D’ailleurs, à voir le président de sa terre d’origine, le Kenya, décreter un jour férié pour saluer son élection, on se dit que le monde est à l’envers. Si Bush avait agi comme lui, Kibaki, il n’y aura pas d’Obama président.

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