CLUB FRANCOPHONE ET REALISME AMER

Posté le 17 octobre 2008

Un mois et demi d’absence sur mon blog: les vacances ont gelé toute activité sur notre espace commun de réflexion, le temps de laisser les claviers se reposer, le temps de se risquer sous d’autres cieux pour respirer d’autres airs, en attendant le retour des grands débats qui agitent notre petit monde d’intellos et d’écrivains. Justement, pour cette rentrée, un sujet: le sommet de l’une des organisations mondiales les plus décriées, mais qui résiste à toutes polémiques…Québec 2008 se tient au moment où un séisme économique bouleverse toutes les statistiques et semble ne faire aucune place à la rhétorique de papa…

                   La crise financière mondiale dominera le déplacement de 48 heures de Nicolas Sarkozy au Québec et aux Etats-Unis à partir de vendredi. (Reuters)

Le sommet des pays qui partagent la langue française s’est tenu à Québec du 17 au 19 octobre 2003. Comme tous les deux ans, la tradition a été respectée. Les délégations, venues d’horizons différents et croix francophones à la boutonnière, se sont toutes rendues à cette belle messe, heureuses de venir articuler la langue de Voltaire et dire, à travers elle, combien il est important de se serrer les coudes non plus face à l’hydre anglo-saxon – car le combat est perdu d’avance – mais face aux convulsions économiques et financières qui agitent le monde. 

Les états invités à cette foire ont loué, comme à l’habitude, la solidarité francophone. Ils ont renouvelé, encore une fois, le serment de fidélité à l’ensemble de la famille. Comme de bon ton, la langue de bois a permis au « politiquement correct » de prospérer. Mais tout le monde sait, à commencer par les diplomates eux-mêmes, que les exercices de style n’ont jamais permis de résoudre aucun problème et qu’à s’installer dans cette rhétorique cotonneuse, les strates qui séparent les pays pauvres des pays industrialisés, continueront de se renforcer. Car, c’est à l’intérieur de la famille francophone que l’on identifie les pays les plus pauvres de la planète. Haïti, Niger, Burkina Faso, Bénin, Togo, etc. Du temps où il était président, Mathieu Kérékou avait risqué à l’endroit de l’ambassadeur de la France d’alors au Bénin – François Mimin – cette phrase presque passée inaperçue sur cette situation étrange : « dites-nous, monsieur l’ambassadeur, pourquoi est-ce que c’est au sein du monde francophone que l’on retrouve les pays les plus pauvres ? » L’insinuation était trop évidente. Traduction : comment la France s’est arrangée pour faire des pays qu’elle a colonisés, les plus misérables de la terre ? Bien sûr, le diplomate s’en est défendu, estimant que si ce constat malheureux était établi, son pays, la France, n’en était pour rien. 

Mais le malaise demeure. Il s’est, du reste, répercuté à l’ensemble de la famille francophone dès lors qu’on évoque le fait, même si le « politiquement correct » est loin de l’envisager dans les termes aussi secs. Pourquoi donc beaucoup de pays francophones sont-ils si pauvres ? Dissertation aussi risquée que la question de savoir lequel de la poule ou de l’œuf est venu le premier. Mais ici aussi, l’habileté des diplomates a réussi à convertir la réflexion en une interrogation plus consensuelle: comment faire en sorte que la solidarité francophone soit réellement agissante ? Comment faire pour que les rhétoriques qui promettent des aides ou des soutiens à tour de bras aux économies fragiles soient plus conséquentes, et donc forcément plus efficaces ? 

Au sein de la famille, les pays susceptibles d’apporter cette aide ne sont pas nombreux : il y a bien sûr, la France, le Canada mais accessoirement la Suisse, la Belgique et le Luxembourg…Ces états, quand ils n’étaient pas encore fragilisés par les crises bancaires et la faillite des marchés, n’honoraient que partiellement les engagements auxquels ils avaient souscrits en faveur des pays pauvres. Il est alors inimaginable, à l’heure où le séisme en cours est en train de tout dévaster, à l’heure où l’incertitude des lendemains a grippé les économies les plus performantes au monde, il est inimaginable que ces pays s’engagent à nouveau dans une solidarité improbable à l’égard de ces « petites républiquettes, vénales et clochardes ». Le président Sarkozy, à peine le sommet ouvert, a plié bagage et s’est envolé pour Washington. Investi de son rôle de leader actuel de l’Europe – donc du deuxième pôle économique au monde – il s’en va discuter avec Bush, le chef de l’exécutif américain, et voir en quoi la mise en commun de leurs stratégies pourra arrêter la saignée actuelle. Rien à voir avec ce que j’appellerai « les grimaces francophones » destinées, au surplus, à donner l’image d’une famille unie, ou tout au moins, à s’acquitter d’une formalité biennale devenue presque obligatoire. 

Deux leçons à tirer alors : La première c’est que, d’aussi loin qu’on regarde ces sommets,  l’évidence la plus acceptable à laquelle cela renvoie, reste toujours la même : la célébration, au-delà des flonflons et des confettis d’usage, de la langue française. Cela, même si les écrivains – ces Mohicans qui apportent de la fraicheur à cette langue –  n’y sont jamais visibles. 

La deuxième, c’est qu’aucune aide, fut-elle venue de Dieu, ne peut garantir aux pauvres, quels qu’ils soient, l’amélioration de leurs conditions de vie. L’habitude de l’aide a fini par installer le demandeur dans une telle apathie que, lorsqu’on l’en prive, il crie à l’abandon et au désespoir. Et cela, les pays pauvres de la planète francophone l’ont compris. Mais comme l’autruche, ils font mine de ne pas l’admettre. 

5 commentaires pour « CLUB FRANCOPHONE ET REALISME AMER »

  1.  
    Alceny B
    | 21:15
     

    Heureux de vous relire! Vivement d’autres articles…

  2.  
    Levine
    | 2:08
     

    Enfin, nous revoici sur le blog avec un nouvel habillage. Félicitations pour le nouveau look!

  3.  
    Césaire
    | 13:50
     

    Félicitations pour le nouveau look

  4.  
    Mathias
    | 17:31
     

    La francophonie de nos jours n’est pas marante. C’est une institution qui a du mal à fédérer les fois et les enthousiasme au-delà,j’espère qu’on vous lira plus souvent!

  5.  
    Cosme
    | 18:12
     

    Florent, que penses-tu actuellement du prix nobel de littérature décerné à Le Clézio?

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