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Le Discours de Dakar: le scribe de l’Elysée persiste et signe

Posté le 29 juillet 2008

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Un an après la belle messe de Dakar au cours de laquelle le président Sarkozy a risqué un monologue « historique » sur l’Afrique et, partant, sur ses hôtes sénégalais, l’auteur du fameux discours reprend la plume pour justifier l’opportunité des mots qu’il a prêtés à son président. Dans une tribune publiée dans le quotidien français Le Monde et intitulée « l’homme africain et le monde », le scribe de l’Elysée tente de « recadrer » le texte de son maître en le déclinant en quatre points :

Il commence, dès l’abord, à présenter la colonisation comme l’une des pages sombres de l’histoire européenne en Afrique. Ici, le consensus de la condamnation est plus que manifeste. Les exactions commises contre les populations, la mise au fer des résistants, l’exploitation des sous-sols, la négation des cultures locales, sont, dit-il, autant de crimes perpétrés contre les Africains. 

Mais, nuance-t-il aussitôt, parmi les envahisseurs, il y avait des gentlemans, des « hommes de bonne volonté qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles », bref, de gentils toutous dont l’humanisme n’avait d’égal que les compétences désintéressées. Et d’opposer, le Guaino, ceux qui l’accusent de racisme, ceux qui assimilent ses propos aux réflexions de Hégel expliquées et prolongées par Levi-Strauss sur la hiérarchisation des races, à sa démarche somme toute responsable de rupture avec les discours convenus. « Faut-il avoir une couleur de peau particulière, s’indigne-t-il, pour avoir le droit de parler des problèmes de l’Afrique sans être accusé de racisme ? »                                    

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                              Dakar (Université Cheih Anta Diop) juillet 2007

Le scribe de L’Elysée s’en prend alors aux élites intellectuelles qui entretiennent l’art de l’amalgame alors que le discours de Dakar était essentiellement destiné à la jeunesse. De fait, il met en relief la phrase sujette à polémique et par laquelle les intellectuels du continent ont réduit sa rhétorique : « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire »

De quelle histoire parle-t-on ? L’histoire telle que perçue par l’Occident judéo-chrétien et périodisée par les instances scientifiques ? L’histoire telle que conçue par les Arabes dans leurs différents rapports à l’Islam ? Ou l’histoire telle que subie par les Aborigènes d’Australie ou par les Indiens d’Amérique ? 

Surprenantes confessions : « Nulle part, avance Henri Guaino, il n’est dit que les Africains n’ont pas d’histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l’histoire n’est pas le même d’une époque à une autre, d’une civilisation à l’autre ». Pour étayer sa thèse, l’érudit de l’Elysée puise ses arguments aussi bien dans ce qu’il appelle « l’idéologie du progrès » générée par le siècle des lumières, que dans la dialectique développée par Emmanuel Mounier en 1947. L’anthropologue français, du retour de son séjour sur le continent noir, faisait remarquer que le rapport de l’Africain au temps est d’une conception singulière. « Il semble que le temps inférieur de l’Africain soit accordé à un monde sans but, à une durée sans hâte, que son bonheur soit de se laisser couler au fil des jours et non pas de brûler les espaces et les minutes ». En fait, c’est la thèse du « bon sauvage », indolent et paresseux et surtout, peu soucieux du temps qui passe.

De sa démonstration, l’auteur du discours de Dakar veut qu’on tire la conclusion suivante « l‘homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez ». Et d’appeler la jeunesse à plus de témérité, à plus d’inventivité, elle qui reste l’héritière des traditions modernes et anciennes afin de féconder le monde. 

Voilà donc ce que le scribe du président Sarkozy a voulu qu’on comprenne du discours de Dakar. Voilà pourquoi un an après, il se croit obligé de revenir se justifier, d’expliquer mot pour mot le sens des termes utilisés, la dialectique de rupture dans laquelle il voudrait qu’on inscrive la démarche de son chef. 

Cela dit, Henri Guaino n’a fait qu’approfondir le malaise. Son souci qu’il a voulu sans doute pédagogique, a le mérite de rendre les choses désormais plus claires : renforcer chez les intellectuels africains les premières impressions de départ, à savoir que ce texte reste et demeure le fruit d’un travail résolument européocentriste qui se nourrit essentiellement de la vieille anthropologie (celle, présicément  du XVIII ème, du XIX ème et même du début du XXème siècles ) tout en ignorant les études des scientifiques africains sur le sujet. Aucune citation de travaux de recherches provenant des penseurs du continent, à part un article dakarois allant dans le sens de sa thèse et dont il a juste évoqué le titre. 

Autre remarque qui sonne comme un repenti : la tentative de l’érudit de l’Elysée d’édulcorer la gravité du passage violemment polémiqué. A « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », il substitue désormais une phrase moins provocatrice, mais toute aussi vicieuse: « l’homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez ». C’est dire… 

17 commentaires pour « Le Discours de Dakar: le scribe de l’Elysée persiste et signe »

  1.  
    Zèvounou
    | 16:55
     

    Mlagré ton commentaire, je me demande si, sur certains points de son argumentaire, le pauvre Henri, n’a pas raison. Quand il dit qu’à chaque fois que les blancs parlent mal de l’Afrique, on les traite de racistes. J’ai observé la même attitude des intellos africains lorsque Stephen Smith a publié Nogrophobie. Franchement: est-ce qu’il n’est pas temps d’être un peu regardant sur ce point là et d’être lucide lorsque nous discutons?

  2.  
    Aurélie
    | 12:59
     

    Vous avez sans doute raison de dire que les intellectuels africains deviennent très émotifs lorsqu’un Blanc parle avec sévérité des problèmes auxquels sont confrontés les Africains Cela dit, ce sont les Africains qui, les premiers, tirent à boulets rouges sur leurs dirigeants et les dysfonctionnements de leurs sociétés. Mais Henri Guaino, lui, ne comprend absolument rien à l’Afrique. Si, comme le dit Florent, il avait eu l’humilité de lire des travaux des universitaires du continent, il n’allait pas continuer à agiter cette phrase malheureuse: « l’Afrique n’est pas entrée assez dans l’histoire » Encore qu’il l’a nuancée, révélant du coup sa demi-repentance sur cette idiotie…

  3.  
    Edgard M.
    | 13:15
     

    J’ai beau lire l’article du Monde qui tente de corriger les « affreuses » inepties de Juillet 2007 à Dakar, j’ai la conviction qu’on a affaire à une escroquerie intellectuelle. A cours d’arguments, le scribe de l’Elysée sort les phrases de leurs contenus, pour dire autre chose que ce qu’elles disent. On n’interdit pas à un âne de ne pas braire surtout lorsqu’il veut arrêter le vent avec ses oreilles!

  4.  
    Gaspard de Treichville
    | 13:31
     

    Question à un euro: est-ce le « nègre » de Sarko qui a écrit sur les nègres? Ou est-ce Sarko qui a déchargé sur son « nègre » ses élucubrations sur les nègres? Cette histoire ne ressemble-t-elle pas à une affaire du nègre et de son maître?

  5.  
    Los Mbaye
    | 13:47
     

    Franchement, j’ai l’impression qu’on perd trop de temps à vouloir répondre à un petit conseiller tout aussi enflé que son maître sur les questions africaines. Si on me parle de façon aussi méprisante de ma culture, je ne sais si j’aurai le courage d’écouter le même type qui viendra me parler de coopération…

  6.  
    Djemila
    | 18:40
     

    Est-ce que Sarkozy n’a pas inspiré à son nègre cet article dans le Monde? Comme ça, c’est sur ce nègre que vont s’abattre toutes les critiques. C’est une manière détournée de ne pas assumer la responsabilité de ce discours et de trouver un fusible. Je plains le pauvre Guaino!

  7.  
    Fatim A.G.
    | 21:25
     

    Faire dire au président français des âneries du genre « l’homme africain ne s’élance vers l’avenir; jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin », c’est jeter des siècles d’histoire, de réflexion et de renouvellement de la pensée en Europe à la mer. Si c’est cela ce que doit représenter un président français, là je dis que les français ont touché le fond. Un président qui associe un conseiller inculte à son discours, je dis que la FRance est allée bien bas!

  8.  
    Christelle
    | 4:28
     

    Et si on parlait des choses qui nous font avancer plutôt que de ces trucs qui nous retardent…?

  9.  
    Alceny B
    | 23:08
     

    Le scribe de l’Elysée ne mérite que le mépris. Pourquoi se fendre d’une page dans Le Monde pour expliquer ses bourdes de Dakar. Ca n’intéresse personnes les élucubrations d’une enflure perorante qui manque autant de culture que son maître.

  10.  
    Gerard L.
    | 0:02
     

    Avez-vous lu la chronique de Pierre Assouline au titre évocateur « Tintin au Congo, Sarko à Dakar? », titre qui traduit l’emprisme colonial des pensées du maître de l’Elysée et de son valet. En plus, au lieu de reconnaître humblement qu’il s’est lourdement trompé, que ses connaissances sur l’Afrique datent de Hégel, le scribe de Sarko se lance dans une justification qui traduit une vacuité intellectuelle consternante. Et c’est ceux là qui veulent nous donner des leçons!

  11.  
    L.M Chadaré
    | 18:47
     

    Et dire que quand il avait fait ses discours, il s’est trouvé de intellectuels africains – d’ailleurs, peut-on leur conférer ce titre – qui n’ont trouvé, dans cette horreur, « quelque chose d’inhabituelle’. Des vendus de leur race!

  12.  
    Ghislain
    | 20:15
     

    c’est toujours la même chose: les blancs trouvent qu’on est arriérés, même au 21ème siècle; ils n’hésitent pas à aller puiser dans leurs mémoires racistes pour justifier l’injustifiable. Sarko est l’inspirateur de ce discours. Il ne faut pas s’en prendre à ce Guaino, petit commis de son état qui ne cherche qu’à plaire à son chef par son zèle. C’est Sarko qui a bien des connaissances en retard sur l’Afrique. En plus, il veut nous faire croire, avec son arrogance habituelle qu’on prenne ses délires pour la réalité.

  13.  
    Tête brûlée
    | 20:52
     

    Déchaînement gratuit de violence sur ton blog, monsieur Couao-Zotti. Un avis reste un avis. Oppose-z-y des arguments au lieu de se laisser aller aux invectives gratuites!

  14.  
    | 21:05
     

    Chère « tête brûlée »

    IL n’y a pas d’invectives sur mon blog, en tout cas, pas sur ce sujet-là; les blogueurs donnent leurs opinions avec, certes, beaucoup de passion, beaucoup d’irritation par rapport à un sujet sensible, mais ils ne sont pas insolents. IL y a des piques, comme parfois, moi aussi, j’en reçois de leurs parts…Et c’est cela, la démocratie, se battre pour que votre voisin s’exprime tout en sachant que ce qu’il dit pourrait fort bien vous contrarier…

  15.  
    Timba Bema
    | 18:14
     

    « L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. » André Breton, Second Manifeste du Surréalisme

  16.  
    crecel wilfried
    | 19:44
     

    Ecoutez, il ne sert à rien de vouloir voir partout le mal. GUAINO, dit qu’ il s’ adresse à la jeunesse, il s’ indigne que pour poser un regard sur l’ afrique pour ne pas être taxé de raciste, il faut être noir.exception;RENE DUMOND est resté solidaire à la cause AFRICAINE.
    JE VEUX BIEN Croire cet homme , quand bien même il n’ y a pas de discours politique inoncente. Le monsieur a pleinement raison. A quoi bon rougir, travaillons pour méritons , nous les negres notre place sous cette planete.

  17.  
    Tête brûlée
    | 14:32
     

    Ouais, mon frère Timba: si on devrait mettre en oeuvre ce que dit ton surréaliste, pour sûr que c’est sur les blancos qu’on tirerait dans la rue; surtout les blancos de la trempe de ce Guaino; il en existe tellement….

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