La tragédie du roi Mugabe

Posté le 5 juillet 2008

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Et le revoilà le cul  » définitivement  » vissé sur le trône. Son pouvoir lui a été donné par Dieu, confesse-t-il, et il attend de Dieu qu’il en soit destitué. Robert Mugabé, l’ex-militant marxiste, converti à l’économie du marché, se rue maintenant dans la foi chrétienne pour s’arc-bouter et justifier ses délires sanglants.

Des délires qui n’ont pas de limite. Tout comme les fous d’Allah qui se servent des bombes humaines pour se faire entendre, le roi Mugabé utilise les armes du despote pour se maintenir au pouvoir. Rien, semble-t-il, ne lui paraît pas sophistiqué, ni grossier.  A la place de sa rhétorique d’anticolonialiste déjà usée et filamenteuse, il impose la terreur, les meurtres quand ce n’est pas la mise à feu des maisons des zimbabwéens soupçonnés d’appartenir à l’opposition.
A ses talons pour faire le sale boulot, sa milice, des jeunes de la Zanu Pf ivres de chanvre indien et les pseudo vétérans de la guerre de libération. Bob, qui a déjà tout perdu, sauf sa férocité, est en train, presque en mondovision, d’écrire l’une des pages les plus sombres de l’histoire africaine du 21ème siècle.

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On pourrait tirer des décombres du passé les faces poudreuses de Idi Amin Dada, de Jean Bedel Bokassa, de Macias Nguéma, de Sékou Touré et même, plus proche, d’Eyadéma pour affirmer que le continent africain n’est pas à un despote près et qu’en y inscrivant le leader de la Zanu, on ne se conformerait qu’à une logique historique tragique. Mais un dictateur, un seul, dans n’importe quelle contrée du monde est toujours de trop. Puisque cette race de dirigeants est nuisible au plus grand nombre, nuisible aux libertés, nuisible aux intérêts de son propre peuple.
Cela est d’autant plus vrai que le régime de Zanu, après vingt quatre ans de gestion du pouvoir est en train de dilapider les acquis et les progrès réalisés depuis l’indépendance. Le tabac, culture de rente, n’est qu’un lointain souvenir. L’agriculture, socle de la prospérité du pays, est devenue plus qu’exsangue. Ajoutés à cela le chômage qui a atteint soixante pour cent de la population active, l’inflation qui est passée à cent cinquante mille pour cent, la monnaie qui est tous les jours dévaluée.

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Pour les plus pauvres chassés par la faim et la misère, le seul salut réside dans l’immigration vers les pays limitrophes. Les autres, tous les autres qui sont restés sur place, espèrent qu’avec la fin du régime, l’installation d’un nouveau pouvoir, la tendance vers ce chaos annoncé serait inversé. Ils ont cru aux vertus de la démocratie que prônait Mugabé. Mais le roi n’y croit que lorsque cela l’arrange. Et d’appeler Dieu pour lui donner caution. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.
Le plus incroyable dans cette affaire, c’est la décision de l’Union Africaine, censée traduire la « position africaine » de sortie de crise: comme si, contre le bon sens et la réalité, les chefs d’Etat africains, à court d’arguments, doivent s’efforcer de cultiver un particularisme forcené susceptible de les distinguer des Européens. Du reste, personne d’entre eux ne croit aux consultations démocratiques, source de légitimité des pouvoirs… Pas étonnant que la première déclaration qui approuve le pouvoir du roi d’Harare, vienne du pygmée de Libreville, le sieur Bongo qui incarne de façon caricaturale, le pouvoir africain dans sa forme la plus néocoloniale, rétrograde et désespérante. D’ailleurs, d’avoir confié le poste du Président de la Commission de l’UA à Jean Ping, un obligé de Ondiga lui-même, c’est-à-dire, un commis façonné pour être un simple facteur de luxe, prouve à souhait qu’on ne peut attendre rien de cette institution panafricaine. Une institution qu’on avait qualifiée de syndicat de chefs d’Etat mais qui, au vu de sa dernière prestation, mériterait bien le titre de « syndicat dU crime ».
Car, qui établira la longue liste des forfaits de la Zanu ? Quelle institution sera plus apte à dénoncer les agressions perpétrées contre les Zimbabwéens ? Rendra-t-on un jour justice aux nombreux morts qui jalonnent les plaines du pays? L’Union africaine qui a, en son sein, des structures chargées des droits de l’homme, ne pourra jamais élever une protestation contre Mugabé. Elle ne pourra même pas s’autoriser à appeler le pouvoir Zanu à respecter les élémentaires des droits du Zimbabwéen. Ce serait trop demandé au syndicat du crime qui couvre toujours ses membres.
Mais la tragédie du roi Mugabé est ailleurs: seul, les yeux fixés sur sa moustache, isolé par la communauté internationale, il règne désormais sur un pays devenu lambeaux, un peuple devenu errant, bref, une nation fantôme qui lui donne l’impression d’être chef, d’être encore sur un trône déjà par terre. En somme, un chauffeur qui se croit encore au volant alors que la voiture a déjà quitté la piste et s’est retrouvée dans le ravin. Pitoyable destin d’un monarque obtus enlisé dans un passé plus que parfait.

10 commentaires pour « La tragédie du roi Mugabe »

  1.  
    Alceny B
    | 19:24
     

    Enfin quelques lignes de FCZ! Après tant detemps d’absence et de silence. Belle analyse. Mais moi, j’ai un vrai malaise quand je vois l’acharnement avec lequel on traite Mugabé. Je ne suis pas d’accord aves sa politique de répression ni avec son entêtement à rester au pouvoir malgré l’acharnement du monde à l’en déchoir. Je crois que l’Angleterre porte une grande responsabilité dans la faillite de ce pays mais on charge seulement l’entêté resistant de Harare. Ce sont les occidentaux qui ont étranglé son économie pour le punir d’avoir osé une reforme agraire mais Mugabé aurait été sage s’il avait quitté le pouvoir pour épargner à son peuples les souffrances actuelles! Madiba est célébré à Londres avec fastes et l’Occident l’a élevé au rang de Dieu. Imaginons que Mandela arrive au pouvoir et il se met en tête de repartir les richesses du Pays, de nationaliser les resssources et d’aider les pauvres nègres qui l’on a longtemps ostracisés a avoir des logements et du boulot. Il aurait été présenté par l’Occident comme un diable. Comme il a pris le pouvoir politique sans toucher aux avantages de la minorité blanche, il est l’ange. Et Mugabé devient le diable. Les explosions de haines en Afrique du Sud sont imputables à la mauvaise indépendance de Madiba et non à Mbeki.
    Aidons Mugabé a quitté la scène mais ne soyons pas des caisses de résonnances d’une opinion occidentale. Et lisons le présent à la lumière du passé: L’Histoire du Zimbabwé explique bcp de choses aujourd’hui. Enfin, l’opposant de Mugabé, je ne le blaire pas; il y a quelque chose de pas net en lui, comme un instrument des british…

  2.  
    Florent
    | 17:42
     

    Merci grand-frère pour cette belle analyse sur ce dictateur. Moi, je suis horripilé par ce qui se passe en Afrique. En effet, avec tout le flou orchestré artistique orchestré par  »la réélection » de ce veinard de Mugabé, la communauté africaine est restée muette. Toutes les institutions panafricainces ont préféré gardé leur langue dans leur poche. Cela se comprend, car le problème de Mugabé ne peut pas être résolu par l’Afrique. Quel président oserait-il se prononcer ? Est-ce le DOYEN Omar BONGO ODIMBA ou Kadhafi,  »Le Président de l’Afrique »? Lequel d’eux peut donner de leçon à Mugabé. Ils sont tous du même bord. Alors, on se tait et on le laisse faire. Tout ce qu’il a à faire, c’est de souhaiter bonne chance aux zimbabwéens et mort rapide au roi Mugabé, puisque seule la mort peut le détrôner, apparemment…C’est ce que je crois.

  3.  
    Mathias
    | 18:34
     

    Curieuse, cette analyse qui consiste à rejeter le tort sur les autres à chaque fois qu’on est en difficultés. N’oubliez pas, cher Alceny, que Mugabe a eu vingt huit ans pour prouver de quoi il est capable et qu’il a eu, pendant tout ce temps, le peuple derrière lui; mais maintenant que les siens n’ont pas besoin de lui – à moins que ce ne soient pas les Zimbabwéens qui aient voté – ils s’éccrochent, narguent tout le monde et tuent…C’est le blanc qui l’a conduit à être aussi sanguinaire contre les siens?

  4.  
    Aurélie
    | 19:05
     

    Aurélie
    J’adore Mugabé. C’est un dictateur qui se sent bien dans sa peau, qui nargue tout le monde, demande aux puissances, quelles qu’elles soient d’aller se faire pendre en enfer ! Au moins, voilà quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux. Mais il n’est pas pire que Sésé Séko, ni monstrueux comme Eyadéma, sanguinaire comme Sékou Touré, il n’arrive même pas à la cheville des atrocités commises par Jean Bedel Bokassa, mais ses moindres gestes sont décriés. Pourquoi? Parce que ce sont les blancs qui sont en partie mis en cause, parce qu’il existe encore là-bas des citoyens blancs. Je comprends qu’on veuille être solidaire de ses frères de race, mais qu’ont fait les Britanniques pour qu’on en arrive là? Qu’ont fait les Américains pour éviter ça?

  5.  
    Melchior
    | 19:23
     

    Gentille Aurélie, c’est toi qui dis des choses aussi hérissantes? Ou tu fais de l’humour ou tu fais de l’ironie? Tu adores Mugabé parcequ’il tue son peuple? QU’est-ce qu’il ne fauidrait pas entendre!

  6.  
    Aurélie
    | 20:13
     

    Je dis et répète que j’adore Mugabe, je suis parmi celles et ceux qui auraient voté pour lui si j’avais été citoyenne zimbabwé. Et là je suis d’accord avec Alceny quand il affirme que ce sont les occidentaux qui ont ruiné son économie du fait de sa réforme agraire. Si j’avais à lui reprocher des choses, c’est de n’avoir pas confié les fermes réquisitionnées aux vrais paysans et aux ouvriers agricoles expérimentés dans le travail de la terre. Pour le reste, je lui donne entièrement raison.

  7.  
    Obtias
    | 20:33
     

    J’ai lu cet article qui ne manque pas de pertinence, mais pourquoi, diable, insulter Omar Bongo en disant qu’il incarne ce qu’il y a de plus néocolonial, de rétrograde et de désespérant? Quels sont ces jugements de valeurs si gratuits?

  8.  
    Mathias
    | 20:36
     

    Mais parce qu’il l’est justement!

  9.  
    crecel wilfried
    | 0:19
     

    le continent africain , berçeau de l’ humanité dont l’ apostolat est d’ organiser le monde , a choisi de signer les pages noires de l’ humanité. Plus de 15000 prisoniers politiques au zimbabwée , c’ est une honte absolu pour la ce continent . Il urge que des mesures hardies soient prises pour émousser à jamais l’ ardeurs de ces despotes qui jettent du discrédit sur la race noire. Mugabe , la vedette en vogue fait les preuves de son génie . Et les autres en herbe comme au benin…

  10.  
    Mugabe
    | 11:20
     

    Parution d’une biographie : Mugabe, Robert Gabriel « Souillure » or not « Souillure » ?

    Edition L’Harmattan – Sortie avril 2010

    Auteur : René-Jacques Lique

    Une plaidoirie en défense du « dictateur », de la «souillure», du «rien qu’un escroc», du «rien qu’un assassin» …

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