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Dessine-moi ton enfance : Alain Mabanckou, Ananda Devi, Kangni Alem, Michel Cadence, Florent Couao-Zotti, Sami Tchak, Jean-Luc Raharimanana, Eliane Kodjo, Khadi Hane.

Posté le 6 juin 2008

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  ENFANCES, press pocket, Paris, 2008.

L’illustration de couverture renvoie au personnage de Kirikou, cette espèce de lutin africain familier des enfants et des foyers français. Ils sont deux – une fillette et un garçonnet – tout nus, mèche de cheveux sur le crâne, de grands yeux interrogateurs. On devine qu’ils sont préoccupés par un mystère, l’apparition d’un adulte ou peut-être la matérialisation, devant eux, d’un être étrange. Anne Buget, la dessinatrice n’est pas allée chercher ailleurs l’émotion qui éclate dans les yeux des enfants lorsque la curiosité et la découverte du monde se disputent leurs regards. Une émotion, une moisson d’émotions que neuf écrivains africains et de l’océan indien ont voulu inscrire dans des formes courtes (récits, nouvelles, témoignages) pour des lecteurs d’ici et d’ailleurs, des lecteurs avides d’horizons nouveaux pour qui le royaume de l’enfance est l’étape transversale de toute vie. 

Publié pour la première fois par les éditions Akoma Mba en 2004 et repris, l’année d’après, par les éditions Ndze, le recueil vient de bénéficier d’une nouvelle présentation, cette fois-ci sous le label de Pocket, l’édition populaire française.  Commentaire de l’éditeur: « en Afrique comme ailleurs, les enfants lisent le petit prince et, parfois des livres qu’ils ne devraient pas. En Afrique comme ailleurs, ils s’enthousiasment des exploits d’un acrobate de cirque, ils espionnent les adultes et s’interrogent sur leurs comportements, ils s’aventurent dans les marais ou sur la mer alors qu’on le leur avait interdit…Mais l’Afrique où la nature, les traditions et le merveilleux sont omniprésents, leur offre un terrain de jeux un peu plus grand qu’ailleurs »  

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la deuxième édition de l’ouvrage

C’est ainsi que défilent les histoires émouvantes, sensibles, parfois comiques, parfois tristes, ancrées dans un quotidien aussi sobre que merveilleux, que le style spécifique de chaque auteur rend si attachantes. Si le congolais Alain Mabanckou y parle de sa sœur-étoile, prolongeant ainsi le merveilleux mythe de l’anthropomorphisme de l’étoile, Ananda Dévi nous livre les « secrets » de l’enfant du banian, jumeau disparu dans la forêt au moment de sa naissance. Quand l’ivoirienne Julie Kodjo campe la marginalité de l’enfant-albinos dans une société très superstitieuse, le togolais Kangni Alem nous embarque dans les rues de Lomé où le jeune Bonito entend percer le mystère des néons. Bref, chaque auteur plonge le lecteur dans l’univers de son enfance ou de l’enfance tout court, là où l’innocence et la spontanéité effacent les barrières, là où les mots savent débrider les yeux et provoquer la magie. La magie d’une cité sans doute perdue, mais dans laquelle on a besoin de se ressourcer virtuellement pour rendre le monde plus vivable, pour nomadiser l’espoir aux quatre coins du monde. 

Heureuse enfance et bonne lecture!

13 commentaires pour « Dessine-moi ton enfance : Alain Mabanckou, Ananda Devi, Kangni Alem, Michel Cadence, Florent Couao-Zotti, Sami Tchak, Jean-Luc Raharimanana, Eliane Kodjo, Khadi Hane. »

  1.  
    Aurélie
    | 13:21
     

    Oui, on a envie de revivre son enfance, le « royaume » dont parlait Senghor. Mais question : Michel Cadence, à ce que je sais, n’est pas écrivain africain pourquoi l’avoir classé là-dedans?

  2.  
    Atihou JB
    | 19:12
     

    L’anthropomorphisme de l’étoile: ouais, on voit là l’ancien prof de français qui sait utiliser les termes d’étude de texte pour cener la valeur littéraire des ouevres! Mais FLorent, tu ne parle pas de ta propre nouvelle. Est-ce volontaire ou parce que tu laisses le soin aux autres d’en parler. Et qui en parlera?

  3.  
    Christelle
    | 19:19
     

    J’ai lu le recueil dans sa version NDZE. Florent y parle de son enfance à Pobé. A moins que ce personnage de Foyan soit un garçon purement imaginaire. En tout cas, âgé d’une dizaine d’années environ, le petit enfant rouge part à l’assaut des mystères qui embrigadent le village avec les éguns eguns, les morts vivants. En fait, Couao-Zotti reprend le terme de la curiosité de l’enfant qui veut découvrir son environnement et connaîtres les réponses aux questions qu’il se pose. Un texte un peu loin de l’approche habituelle de l’auteur, avec un style plus inattendu, c’est-à-dire un peu classique.

  4.  
    Atihou JB
    | 19:21
     

    Bravo pour ce commentaire de texte! On en sait un peu plus maintenant!

  5.  
    K.A
    | 9:56
     

    Pourquoi Cadence devrait-il être Africain? N’a-t-il pas été enfant? N’est-il pas auteur? En tant que directeur de la collection « Nouvelles » de Ndze, je n’ai jamais voulu publier que des Afro…ou des Noirs. Un autre receuil de cette même collection, contient un texte d’un auteur ivoirien… tout ce qu’il y a de plus blanc, Ibrahim Zreik.

  6.  
    Babalola
    | 9:59
     

    Le classicisme de Florent? Extrait de la nouvelle.
    « Le plus vieux des trois hommes le prit par les cheveux. Mouyinou avait « cotisé » ses cheveux comme le faisaient à l’époque, les Noirs américains. C’était un « afro » qu’il avait patiemment réussi à se confectionner, à coups de petites tresses les jours de repos. »

  7.  
    Christelle
    | 20:30
     

    Désolée, mister Bababola (our english teacher?), je ne retrouve pas dans cette expression le style de COuao-Zotti. D’ailleurs, parlant de cette phrase, en temps habituel, il aurait laisser tomber les guillemets autour de « cotisé », pour l’insérer dans le texte comme si cela allait de soi…IL y a peut-être quelques petits trucs ça et là, mais rien qui rappelle ce style. D’ailleurs, Alem Kangni a fait dans le même genre: sobre!

  8.  
    Mathias
    | 12:32
     

    J’ai lu l’ouvrage au CCF de Cotonou et il ne me semble pas particulièrement novateur en terme de récit d’enfance. Camara Laye avait déjà déblayé le terrain avec son mythique L’enfant noir. Il y a , certes, des textes agréables, mais rien de plus. Excusez-moi d’être décevant!

  9.  
    Sergio
    | 11:53
     

    C’est en lisant vos échanges sur le style de Couao-Zotti que je suis allé chercher le texte au CCF; c’est vrai que c’est la version NDZE qui est disponible. Mais c’est le même. Quand au texte de Florent, c’est vrai que ça constitue un dépaysement. Une ou deux fois, j’ai suivi l’auteur parler de Pobé, son village natal; moi je n’y suis jamais allé, mais ça me permet d’imaginer le village tel qu’il le peint et de penser ce qui peut s’y dérouler en ces temps là, avec les eguns eguns. Bravo!

  10.  
    Sami
    | 18:44
     

    Il faut préciser que ces textes étaient une commande. L’éditeur camerounais Edmond VII qui nous les avait demandés et publiés les voulait pour enfants et adolescents. Ils ont été écrits avec cette « contrainte » là aussi. Lors de la tournée de promotion que nous avions faites en 2005, Florent et moi, dans cinq localités du Cameroun, nous avions ainsi pu en discuter avec des enfants de l’école primaire (école française) et avec des collégiens. Personne n’ira croire que nous avons signé là des chefs-d’oeuvre, ce sont des textes que certains pourraient trouver agréables à lire. Mathias, aucun de nous ne te contredira: il n’y a rien de novateur dans ces textes au sujet de l’enfance. Mais peut-être qu’il n’y avait déjà rien de bien novateur dans L’enfant noir de Camara Laye. Du moins quand on a eu l’occasion de lire après des livres sur l’enfance écrits avant celui de Camara Laye. La novation reste relative. Et beaucoup de textes nous ont semblé novateurs aussi longtemps que nous n’avions pas lu d’autres qui nous obligeaient à revoir nos jugements un peu (beaucoup) à la baisse. On a quelques références. Alice au pays des merveilles, Tom Sawyer, L’aventure ambiguë (en sa première partie, c’est aussi l’enfance de Samba Diallo)… Des tonnes de livres sur ce thème… Qui oserait dire innover? Pas même notre aîné Camara Laye, il resterait modeste… En toute logique.

  11.  
    Mathias
    | 21:09
     

    Très juste, votre appréciation, monsieur Sami (Sami Tchak, je présume? )mais moi je ne me réfère pas à la littérature mondiale pour parler d’innovation, mais de la littérature africaine que je ne connais que partiellement. Je ne voudrais pas ici jouer aux rabat-joie, vu l’enthousiasme avec lequel les auteurs contributeurs au recueil en parlent, mais je dis que ce livre n’est certainement pas le chefs-d’oeuvre sur l’enfance africaine.

  12.  
    Sami
    | 21:36
     

    En effet, Mathias, si quelqu’un allait jusqu’à prétendre que ces textes sont des chefs-d’oeuvre, nous serions les premiers à lui dire de se ressaisir. J’ai juste voulu pousser un peu loin en disant que même L’enfant noir, considéré par beaucoup comme un chef-d’oeuvre sur l’enfance, peut être relativisé après d’autres lectures. Et comme il n’y a pas de cloisons entre les livres qui nous procurent des émotions à partir des mêmes thèmes, tout ce que nous lisons influence nos jugements.

  13.  
    | 21:57
     

    En effet, Sami, je confirme ce que tu as si bien dit. Il n’arrivera pas aux auteurs de se bomber fièrement le torse et de dire qu’ils ont écrit l’oeuvre du siècle. Ce qui est intéressant en littérature, c’est la capacité des mots à traduire des émotions. Pourquoi le Petit prince, toutes générations confondues, est-il si lu? Parce qu’il nous apporte de la fraicheur et du rêve, parce qu’il sait remuer en nous nos fibres intérieures, ces sensations font finalement de nous des êtres à la fois fragiles et optmistes. Parce qu’il nous rappelle que nous sommes tout simplement des êtres humains. Si nos textes, à des degrés divers, peuvent produire ne serait-ce que la moitié de ces émotions, on en serait plus qu’enchanté. Nous ne sommes pas des prétentieux, Mathias!

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