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Photographie:Malick SIDIBE ou l’historien-clicheur de l’ordinaire

Posté le 28 février 2008

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      L’affiche de l’expo             Malick Sidibé

Ils sont nombreux comme lui à avoir été les témoins et les héros de petites histoires des gens ordinaires. Ils sont nombreux à avoir travaillé sur les instants magiques, les scènes de vie arrachées à la quotidienneté, ce que j’appellerai des « brèves opérées sur clichés ». Mais Malick Sidibé, le Malien, lui, a porté cette façon de faire jusqu’à la densité artistique, jusqu’à l’exigence de l’esthète. De ses dix mille clichés réalisés tout au long de sa carrière, de sa pile de photos produites sur cinquante ans d’activités continues, la Fondation Zinsou à Cotonou, a décidé d’en extraire deux centaines. Pour dire et témoigner de tout l’art du grand maître. Pour dire et traduire la folie et l’insouciance de toute une époque, de tout un art, de toute une vie.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Malick Sidibé n’est pas né avec un appareil photo dans les mains. Il a attendu vingt ans après sa naissance (1935), après ses études primaires, après son diplôme de l’Ecole des Artisans Soudanais, avant de tâter et de manipuler pour la première fois un objectif. C’était au studio de Gérard Guillet, dit « Gégé la pellicule ». A l’époque, dans toute l’Afrique coloniale, il n’y avait que des photographes français, des « sorciers blancs », aventuriers aux semelles de vent, venus de la métropole immortaliser les fastes quotdiens des « casques coloniaux ». De cette école, Malick Sidibé en a gardé le savoir faire et la technique, mais il en a ajouté une atmosphère particulière, un jeu de composition et une touche spécifique qui ont fait de lui le photographe attitré des jeunes dans les années soixante-soixante dix. 

msb.jpg  sdb4.jpg     sdb.jpg En 1958, il ouvre le « Studio Malick » à Bamako, rue 30, angle 19 dans un quartier populaire, Bagadadji. Témoin privilégié de l’appetit de vivre de la jeunesse bamakoise, historien des envies et des plaisirs faciles des fonctionnaires et des gens ordinaires, il accumule sur pellicule des sènes banales et des moments extraordinaires, aussi bien en extérieur qu’en studio. Photos de famille, mariages, baptèmes, ambiances dans les antres nocturnes, parties de bain sur les rives du Niger: aucune tranche de vie urbaine n’échappe à l’objectif du photographe. Comme par exemple cette série de photos prises en 1967. On y voit des jeunes fringués à mort: chemises cintrées et boutonnées à moitié, pantalon aux pattes d’éléphant, chaussures aux talons d’échassier, coiffure afro, lunettes de soleil. Certains le jouent à la Borsalino, posture de méchant, une clope sur les lèvres; d’autres sont volontairemnt absents, sans l’air d’y toucher, comme si le monde, sur leurs épaules avait le poids d’une plume. Plus loin, ce sont les maillots de bain qui sont en foire. Au bord du fleuve Niger, garçons et filles à la silhouette squelitique, barbotent dans l’eau. On s’enlace, on s’embrasse, on se triture, l’eau à l’arrière gigotte et s’affirme comme un personnage à part entière qui offre à ses usagers le bohneur de l’instant. sdb74.jpg   malicksidibe.jpg

Ce qui est aussi saisissant chez Sidibé, c’est son sens de la composition. Si en extérieur, il laisse ses sujets choisir la pose voulue, en studio, le maître impose la posture qu’il estime nécessaire à la beauté de la prise. Tel par exemple ce monsieur qui pose avec sa vespa, le regard sérieux et intrigant, légèrement incliné sur cet engin considéré à l’époque comme le must des musts. Tel encore ce buste de femme que le photographe prend de dos, tout en la faisant obliquer du droit dans une gestuelle princière.

 Justement à propos des prises de dos, Sidibé avoue ses faiblesses pour les poses du genre, surtout lorsque le sujet est féminin. Ici, le photographe joue à fond sur les contrastes entre le volume et les perspectives, les reliefs et les profondeurs, un dialogue s’instaure aussitôt entre le corps de la femme, son vêtement et l’objectif de la photo. La sensualité devient le seul mode opératoire du cliché. Les africaines s’approprient alors l’image de par leurs formes et de leurs rondeurs naturelles. « Quand vous voyez une femme avec une jupe de dos, confesse le photographe, ça vous tente. Des gens ont fait des accidents comme ça sur la route ».

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Des accidents heureux que Malick Sidibé, depuis cinquante ans, nous donne à voir, nous fait partager et qui lui ont rapporté, au soir de sa vie, des distinctions majeures à travers le monde, comme le prix Hasselblad et le Lion d’or de la biennale de Venise.

Les photos de Malick Sidibé sont exposées à la Fondation Zinsou, du 16 février au 16 mai 2008.

14 commentaires pour « Photographie:Malick SIDIBE ou l’historien-clicheur de l’ordinaire »

  1.  
    Aurélie
    | 20:20
     

    Franchement, je ne vois pas en quoi ces clichés sont extras. Comme vous dites, ils sont nombreux à avoir, comme lui, pris des photos de gens ordinaires lors des cérémonies, des fêtes, des célébrations et autres. Dans tous les pays africains, c’était cette manière de faire qui était en vogue. Une école de laquelle sont sortis tous les photographes africains de l’époque. Alors, quel le mérite de Malick Sidibé ? D’avoir appartenu à cette école? Si je vous montre les photos de mon grand père, vous verrez qu’il n’y a aucune différence en la matière!

  2.  
    Nicaise-B.
    | 20:38
     

    Curieux, c’est lorsque les européens dépoussièrent nos valeurs, les placent dans les vitrines que nous-mêmes, nous commençons à crier au génie alors que le mec, pendant longtemps, est resté dans son propre pays, aussi anonyme que peut l’être le citoyen ordinaire. Mlaick Sidibe qu’on célèbre aujourd’hui aurait pu passer inaperçu si, dans son pays, il n’y avait pas eu les rencontres photographiques de Bamako. En fait, moi je suis persuadé que ce sont les clichés d’époque qui ont fait de lui l’heureux récipiendaire de tous les prix qu’on lui décerne aujourd’hui. Et c’est toujors ça, l’Afrique et les incohérences de ses dirigeants!

  3.  
    Mathias
    | 21:03
     

    Si la Fondation commence à s’intéresser à des artistes africains, je ne peux que m’en réjouir. Il y a quelque temps, on ne nous présente que des trucs de blancs. Si ce n’est pas des photographes français qui viennent filmer et présenter du vodun complètement folklorique, c’est un artiste noir-américain, Jean-michel Basquiat dont on ne comprenait rien, même des dessins les plus étranges, qu’on nous présente comme une ex-star des arts plastiques. Bref, chaque fois que je vais dans cette institution, je me retrouve toujours en terre étrangère! Tant mieux, si aujourd’hui, on nous présente des artistes africains authentiques. Je dis bravo!

  4.  
    Christelle
    | 21:11
     

    Tu as parfaitement raison, Mathias, le choix de la fondation Zinsou est tout ce qu’il y a de yovo. Mais je suis sûre qu’on nous dira qu’on ne comprend rien à rien, que c’est parce qu’on n’a aucune culture des arts plastiques. J’ai même entendu la présidente, Marie-Cécile Zinsou dire que les béninois sont très heureux des choix de la fondation alors que dans le même temps, tout le monde s’en plaint. A part Hazoumè et Tokoudagba qui sont des artistes internationaux, aucun geste n’est fait en direction des créateurs locaux, moins flamboyants, moins médiatisés et qui ne manquent pas de talents! Je trouve ça injuste et réducteur!

  5.  
    Mathias
    | 17:11
     

    Concernant Basquiat, un journaliste m’a parlé de tout le fric dépensé à assurer la sécurité de l’expo. J’ai vu des policiers en armes en faction devant la fondation. Je m’y connais en rien en art, mais là, je trouve que ce qu’on nous a présenté comme une expo extra avec un peintre extra, ma laissé sur ma faim et m’a donné l’impression qu’on nous a pris vraiment, nous, africains, pour des demeurés! Heureusement que cette fois-ci, la réflexion porte sur un artiste de consensus! Comme quoi, on peut s’améliorer!

  6.  
    Ephrem
    | 17:19
     

    J’ai suivi la caravane du Studio Numérique Ambulant. Je me suis prêté à l’exercice qu’il proposait aux gens pendant les 7 jours qui ont suivi l’expo de Malick Sidibé avec des poses. A la Malick Sidibé, justement. Une initiative que je trouve fort heureuse. Qui nous change justement de Basquiat!

  7.  
    Sergio
    | 17:37
     

    Je n’ai pas pu me prêter à la générosité du Studio Numérique Ambulant. Dans mon quartier à Akpakpa, ils sont passés très vite, à la place Lénine sans que j’ai pu assister à leurs prestations. Dommage! Pour une fois que les populations se sont impliquées!

  8.  
    crecel
    | 1:02
     

    salut à l’ artiste sidibé et bon vent à lui s’ il en reste encore à souffler après tous les palmes qu’ il a reçus

  9.  
    Djemilla
    | 18:09
     

    Salut Florent
    La fondation Zinsou peut faire des programmations qu’elle veut. C’est un musée privé et ses choix l’engagent entièrement. Au lieu de la critiquer pour ce qu’elle ne fait pas, il vaut mieux s’intéresser à ce qu’elle fait.

  10.  
    | 19:55
     

    Chaque fois que la fondation initie une expo et que j’ai des réserves ou de l’admiration, je n’hésite jamais à exprimer mes sentiments, qu’ils soient mitigés ou enthousisastes. D’ailleurs, je fais connâitre mon point de vue directement aux responsables de l’institution ou à travers la presse. Comme ce que je fais en ce moment. je crois que c’est la seule façon de faire avancer les choses! La critique saine dans le bon sens!

  11.  
    Philomène
    | 17:41
     

    Je suis tout à fait d’accord avec Djemilla.

    La Fondation Zinsou fait un travail admirable. Il est clair qu’elle n’a pas vocation à encourager les jeunes talents. Mais pensons que c’est aussi parce qu’elle s’impose de n’exposer que des artistes confirmés sur la scène internationale qu’elle peut s’inscrire sur cette scène, et inscrire avec elle le Bénin, la sous-région, voire le Continent tout entier.

    Cette initiative devrait éveiller chez nous béninois une grande fierté. Yovo, pas yovo, en tous cas moins que le CCF!!! (seul espace d’exposition vaguement digne de ce nom il n’y a pas si longtemps…)

    Et, Sergio, tu sous-entends que la Fondation ne va pas suffisament vers les populations? Tu dois être mal informé sur ses activités. Je ne connais pas un seul autre musée au monde qui fasse ce qu’elle fait.

    Malick grand photographe, ou pas? Quel piètre débat! D’autres, restés dans l’ombre, sont certainement aussi méritants que lui. Mais voilà, le marché de l’art est impitoyable. Plutôt que de pleurer sur le sort de ceux qui n’ont pu s’y introduire, félicitons ceux qui y sont acclamés!

  12.  
    Sergio
    | 15:39
     

    Philomène,
    je ne dis pas que la fondation Zinsou ne va pas vers les populations, ma réaction est là pour le témoigner: j’ai dit et je redis qu’une fois que les popluations se sentent concernées par cette expo. sur Sidibé.. J’ai vu, dans le quartier où j’habite des expos où les gens étaient venus. Généralement, les passants, qui ont du temps devant eux, s’arrêtent pour voir. Mais ce n’est pas parce que on regarde quelque chose qu’on y adhère ou qu’on l’admire. Je ne veux pas par exemple vous restituer les commentaires des populations lors de l’expo sur le vaudou. Et le dire ne veut pas signifier qu’on est contre la fondation. A moins qu’on refuse le débat sur les choix de l’institution. Je ne vois pas en quoi on devrait être fier et applaudir à tout rompre!

  13.  
    Mathias
    | 15:51
     

    S’il faut reconnaître les efforts de la fondation Zinsou, il faut aussi qu’elle accepte les critiques qu’on lui adresse. A moins qu’elle soit fermée à ça. A moins qu’elle pense que les gens à qui elle s’adresse doivent la fermer parce qu’elle voudrait faire leur bonheur contre leur volonté. Non, je sais, pour avoir entendu les gens de l’institution plusieurs fois, qu’ils sont ouverts d’esprit!

  14.  
    Lydie
    | 19:55
     

    Pourquoi êtes-vous si sévères envers la Fondation? Au lieu d’être positifs dans vos critiques, vous avez pris le parti d’être négatifs. Dommage!

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