• Accueil
  • > L'auteur
  • > Ecriture féminine au Bénin: entre frémissements, déception et incertitudes
Ecriture féminine au Bénin: entre frémissements, déception et incertitudes

Posté le 5 janvier 2008

hountondjicitronelle.gif

C’est Gisèle Hountondji qui, en 1986, avait ouvert le bal, une année qui coincidait avec le deuxième anniversaire de son retour au pays. Son roman, Une citronnelle dans la neige, sonnait comme une alerte à la gent féminine longtemps déclarée absente du paysage littéraire. Il est vrai qu’avant elle, quelques timidités poétiques dentelaient l’horizon. On parlait volontiers de Colette Houéto et de Flore Hazoumé. Mais avec Gisèle Hountondji, une nouvelle légitimité littéraire s ‘imposait puisque c’était le premier roman publié par une béninoise.

L’oeuvre, un brin autobiographique, se révèle comme une longue métaphore sur l’impossible paradis de l’ailleurs qu’est la France. Un impossible ailleurs marqué à la fois par un amour piégé et par un racisme pregnant, surtout quand celui-ci provient des universitaires et des futurs beaux-parents de l’héroïne. Se situant dans le thème de l’immigration, le texte se décline comme un agencement de journal intime et d’évocations lyriques, contrepoint à la douleur de la narratrice.

A l’époque où le livre a été publié, je me souviens des messes et autres célébrations qui se faisaient autour. Le professeur Adrien Huannou qui avait créé au département des lettres modernes de l’Université Nationale du Bénin une Unité de valeur en littérature féminine n’hésitait pas à faire venir l’auteure à ses cours pour tenir conférence et discuter avec ses étudiants – dont j’étais l’un des moins assidus. C’est depuis lors que cette « citronnelle  » m’a impressionné…

hountondjig.jpg

Gisèle Hountondji

Après cette publication, Gisèle Hountondji a semblé un temps laissé sa plume dans l’encrier. Les analystes qui lui prédisaient un avenir radieux, en ont eu pour leur optismisme. « Comment écrire pour des gens qui ne lisent pas? » s’exclame-t-elle. Eternelle question qui hante les auteurs africains et qui autorise certains à faire ce qu’on pourrait appeler « la politique de l’encrier vide »!

Quelques années plus tard, soit en 1990, une autre femme se signalait à l’attention du public. Batrice Lalinon Gbado faisait paraître En marche vers la liberté. Un livre témoignage sur le processus démocratique perçu du côté du corps enseignant auquel elle appartenait. C’est aussi un journal qui bruit des rumeurs et des actions entreprises par les syndicats des professeurs et autres acteurs insoupçonnés de la transition politique en cours. Le régime marxiste léniniste, perforé de l’intérieur par la corruption, ébranlé par les aspirations démocratiques du peuple, devra accepter la seule alternative possible pour éviter son enterrement de première classe : la conférence des forces vives de la nation.

lalinongbado.jpg

Béatrice Lalinon Gbado

Le livre eut un succès, ce qui inspira le second volet publié deux ans après En marche vers la liberté tome 2, puis Chroniques et analyses sur la démocratisation au Bénin.

Depuis, Béatrice Lalinon Gbado s’est tournée résolument vers la plume et le métier d’éditeur. Les éditions Ruisseaux d’Afrique, seule structure éditoriale crédible du pays, ont ainsi vu le jour. Au début orienté vers la littérature de jeunesse, puis vers la littérature pour enfants, Ruisseaux d’Afrique a diversifié ses collections, s’intéressant à la fois aux essais, aux beaux livres, au théâtre, au roman, faisant de son catalogue, jeune seulement d’une dizaine d’années, l’un des plus riches de l’Afrique francophone.

Parallèlement à cette expérience, deux autres femmes inscrivaient leurs premiers pas dans le monde des lettres : Adélaïde Fassinou et Hortense Mayaba.

mayabah.jpg

Hortense Mayaba

Si la première a la plume plutôt féconde (cinq œuvres en six ans), la seconde est moins prolixe. Il est vrai que son premier roman L’univers Infernal qui a subi le massacre de son éditeur, exige un toilettage en bonne règle. Mais l’œuvre, dont la construction est assez charpentée, n’en perd pas pour autant de sa pertinence.

mayabaunivers.jpg

Le texte raconte l’histoire d’Aloume aux prises avec les croyances issues de son milieu. Harcelé par les intrigues sorcières de sa belle-mère, il ne comprend pas le monde qui bascule autour de lui avec une femme aux dents longues qui n’a de cesse de le torturer. Le récit oscille entre frémissements fantastiques et réalité pudique, entre baroque et éblouissement. La guérison interdite, la manipulation, les chausse-trappes, la vie de couple, les rapports dramatiques entre belle-mère et bru, bref, il y a, dans L’Univers infernal, tous les ingrédients traditionnels qui font d’un roman un succès de librairie. Mais l’amateurisme de l’éditeur en a altéré la qualité. Est-ce à cause de cela que l’auteure s’est tournée vers la littérature pour enfant ?

La deuxième femme, Adélaïde Fassinou, est un écrivain polymorphe. Romancière, nouvelliste, écrivain de livres de jeunesse et d’enfants, elle revendique son statut d’écrivain-féministe, varie les genres, multiplie les thèmes, n’hésitant pas à puiser dans l’actualité la plus crue, la plus nue…

fassinouadelaide.jpg

Adélaide Fassinou

Modupkè, le premier roman – de loin sa meilleure œuvre – raconte les errements d’une jeune femme en quête d’un équilibre intérieur que ne lui apporteront ni ses relations avec les hommes, ni ses rapports avec ses proches. Eduquée par un père qui manie la trique autant que les cris, par une mère arquée sur la tradition, l’héroïne de ce roman se contentera, en désespoir de cause, d’un ménage à trois que lui imposera son compagnon, elle qui considérait cette situation comme la suprême humiliation faite à la femme…

fassinoumodukpe.jpg

Si ici, le style et la construction narrative témoignent d’un travail conséquent, dans les autres publications qui suivront, la même exigence paraîtra peu évidente. Ni Yêmi ou le miracle de l’amour, ni Toute une vie ne suffira pas pour en parler, ni Fille d’autrui enfant de personne, ni même le très attendu Jeté en pâture, ne semble refléter les promesses de qualité qu’avait annoncées Modupkè.

Mais celle qui, incontestablement, impose sa marque au Bénin et ailleurs, c’est Mariétou Mbaye Biléoma plus connue sous le pseudonyme de Ken Bugul. Sénégalaise d’origine, béninoise de cœur, vivant depuis de vingt ans à Porto-Novo, cet écrivain de profession est l’une des plus grandes voix de la littérature africaine, auteure de sept romans, dont le premier Le baobab fou constitue l’œuvre culte. Mais beaucoup la considèrent plus sénégalaise que béninoise. Peut-être parce que son œuvre, entamée à Dakar, lui colle l’étiquette sénégalaise. Peut-être que ses personnages et son univers, tout, dans ses sept romans, ne renvoie que vers sa terre natale. Mais Ken Bugul se revendique des deux pays, des deux littératures.

maritou.jpg

Ken Bugul: à cheval entre Le Sénégal et le Bénin

Je me disais, il y a dix ans, que sa présence aiderait nos auteures à s’améliorer. Je me disais que sa proximité susciterait envie et émulation. Mais les débats littéraires entre femmes, s’ils existent, se noient le plus souvent dans les discussions de…wax et consorts…ou quand ils ne suscitent pas de la frustration. Entre gent féminine, les susceptibilités aussi existent.

Mais au-delà de tout, le constat n’est pas réjouissant. Car, quand j’égrène la liste de toutes ces auteures et que je jette un regard sur l’horizon, je m’inquiète de deux choses :

Ces femmes sont pour la plupart des cinquantenaires, parfois des grands mères…Donc des gens blasés qui, bientôt, seront enclins à s’occuper de leurs petits fils plutôt que de s’emmerder avec …la littérature.

De l’autre côté, j’ai peur du vide qui s’annonce. Il n’y a aucun signe, aucune balise qui promette un renouvellement de générations. Aucune jeune femme, aucune apprentie auteure qui suscite l’espoir. Autant dire que cette littérature à laquelle le professeur Huannou a toujours travaillée risque, dans peu de temps, de se rétrécir comme peau de chagrin. La rengaine, ici, pèsera alors de tout son poids. Comme une colère contenue :

« Bénin hier quartier latin

Aujourd’hui quartier crétin »

24 commentaires pour « Ecriture féminine au Bénin: entre frémissements, déception et incertitudes »

  1.  
    Christelle
    | 16:04
     

    Très beau panorama de la littérature féminine béninoise, mais si l’avenir n’est pas rassurant en la matière, c’est la faute à qui? Adrien Huannou aurait-il travaillé pour rien?

  2.  
    Nicaise Bernard
    | 16:08
     

    Pourquoi voyez-vous tout en noir, monsieur Zotti? Je ne suis pas certain de ce que vous dites concernant la qualité des ouvrages publiés par les femmes béninoises.

  3.  
    Aurélie
    | 16:18
     

    J’ai l’impression que les femmes béninoises, en vous lisant, ne sont capables d’écrire que des navets. Votre panorama aussi laisse de côté plusieurs auteures, par exemple Alidjanatou SALIOU AREPKA qui a signé Une vie chez les flamboyants. VOus ne trouvez pas que vous exagérez un peu?

  4.  
    Christelle
    | 15:54
     

    J’ai lu Une Citronnelle dans la neige de Gisèle Hountondji, l’Univers Infernal de Hortense Mayaba, Modupkè ou le Rêve brisé d’Adélaïde Fassinou et Pour l’amour de Mukala de Thérèse Zossou Esseme. Mais je ne pense que ces femmes aient démérité. C’est d’ailleurs de la bonne littérature. Les fautes qu’on peut éventuellement relever dans ces ouvrages, ne nuisent pas à la qualité de l’écriture et la construction de leurs univers. Mais à contrario, il y a des oeuvres qui sont moins réussies. Cela ne signifie pas qu’il y a lieu de désespérer de l’avenir.

  5.  
    | 16:26
     

    Si la qualité des textes publiés par nos femmes-écrivains n’est pas en général satisfaisante, je reconnais qu’il y a quelques pépites. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Et cette forêt n’est pas si fournie pour qu’on ne craigne pas la désertification. Surtout lorsqu’il s’agit de relève.
    En effet, selon mes enquêtes, les indices qui puissent nous permettre d’espérer deviennent rares quand ils n’existent pas tout simplement…
    Quant à mme Alidjinatou Saliou Arepka, femme que je connais comme toutes les autres, j’avoue ne pas avoir lu son livre, Une vie publié chez les éditions du Flamboyant. Mais il y a un temps, mme d’Almeida Irène en a fait une critique peu flatteuse, mais au lieu que ça gèle mes élans, ça m’a, au contraire, donné envie de voir de quoi ça retourne.
    Mais au-delà de tout, j’ai brossé la situation telle que je l’ai sentie. Je n’ai pas à sublimer la réalité ou à la cacher…

  6.  
    | 19:03
     

    Kangni a envoyé un texte tombé malheureusement dans les spames. Je l’ai récupéré et l’ai reproduit in extenso. Appréciez son goût pour l’énigmatique…

    Monsieur Hibou, disait le conte, avait deux femmes. La première femme tomba malade et Monsieur Hibou décida de lui rendre visite. Il était en route quand il apprit que sa seconde épouse aussi était tombée malade. Hibou rebroussa chemin pour aller voir sa seconde épouse quand le message lui parvint que la première femme venait de mourir. Il se mit à courir pour aller organiser les funérailles de la défunte quand on vint lui annoncer le décès de la seconde épouse aussi. Monsieur Hibou resta pantois au bord de la route, et se mit à pleurer « Hih ! Hih ! » Jusqu’au jour d’aujourd’hui, il ne sait toujours pas laquelle des funérailles organiser en premier. Vous voulez le décodage du conte?
    Amitiés

  7.  
    Fifavi
    | 23:25
     

    Quel conte !
    Depuis que j’ai lu ce conte je n’arrête de rire  » Hah hah hah ! « comme notre hibou ne cesse de pleurer  » Hih hih hih « .
    Est-ce à propos de la douce littérature écrite des mains plus trendres, plus belles, des mains de femmes ?
    Je donne la parole au Sphinx de Lomé !
    Hé ! Qu’on me dise le secret du conte.
    Je ne veux pas être dévoré au pied de la cité.
    Est-ce à dire que chacune des littératures de femme béninoise est si belle qu’on ne sait plus laquelle épouser ?
    Sphinx ! Suis-je Oeudipe ! Puis-je entrer dans la cité et dvenir reine ?
    Sphinx ! réponds !

  8.  
    Kangni Alem
    | 23:56
     

    D’ailleurs, ha, ha, je ne sais pas pourquoi Monsieur Spam intercepte mes contes. Non, mais le conte est clair, et donne mon sentiment sur les problèmes de la littérature béninoise, la masculine comme la féminine. Laquelle est la plus vivante? laquelle faut-il enterrer en premières ou secondes funérailles?
    Re-amitiés

  9.  
    Césaire
    | 10:14
     

    Sans vouloir jouer à l’avocat, je pense que Florent K.Z et Kangni A. soulèvent une question pimordiale. Kangni perce plus loin l’abcès en évoquant toute la littérature béninoise. Je pense qu’il ne faut pas voir en leurs propos du fatalisme mais un éveil de conscience désillant les yeux. Il ne faut pas se limiter à une auto-satisfaction de la littérature béninoise mais chercher à l’améliorer. Publier pour publier ne doit plus être le credo mais publier de la qualité, d’où un travail accru du style, etc. Soyons mélioristes ! Nous devons d’ailleurs saluer l’oeil expert de Kangni (qu’on ne présente pas) sur la question.
    Florent K.Z et Kangni A, vous voudrez bien rectifier mon point de vue si je me suis trompé sur vos approches.
    Cordialement

  10.  
    Alban
    | 15:29
     

    C’est vrai que la littérature béninoise, masculine comme féminine n’est pas brillante. Je ne veux, pour le prouver, que la comparer à celle de nos amis de l’ouest, les Togolais dont nous nous payons la tête depuis le début des années quatre-vingt dix dans leurs errements démocratiques.
    Oui, c’est triste à dire, car citez-moi quatre auteurs béninois de la même génération et de la même envergure que Couao-Zotti. Or, les Togolais peuvent nous narguer avec Sami Tchak, Kangni Alem, Kossi Efoui, Théo Ananissoh et le petit jeune Edem. Certes, on me dira qu’ils sont tous à l’étranger, en Europe, mais ils ont l’avantage d’étoffer et de renouveler la littérature togolaise longtemps animée par les Sènouvo Agbota, les Emmanuel Dogbé et qui …encore? Nous on se contentera d’évoquer à longeur de temps les octogénaire comme Olympe Bhêly Quénum, Jean Pliya et Jérôme Carlos. Hilaire Dovonon vient d’arriver, mais c’est au bout de trois ou quatre publications qu’il serait un auteur confirmé. Oui, t’as raison, monsieur Zotti n’a pas besoin de pérorer tant que ça. C’est toute la littérature béninoise qui est menacée de tsunami de la médiocrité!

  11.  
    | 16:05
     

    Alban, c’est ce qu’on appelle une descente au lance-flammes…
    C’est vrai que la littérature produite par les écrivains de la nouvelle génération – ceux de ma génération – n’est portée que par deux ou trois personnes, mais cela ne veut pas dire qu’elle doit être enterrée. Il y a d’énormes problèmes. Et le plus important, c’est le manque d’un environnement incitateur. Rien qui puisse susciter l’émulation. Peu ou pas de bibibliothèque. Les concours de productions littéraires sont inexistants. Le seul qui existe, le prix du président de la république est si mal conçu qu’on ne peut en attendre grand chose. La première édition, celle de 2003, traîne encore des problèmes immenses. Bref, on n’est pas vernis.
    Et au Togo? Je voudrais, à cet effet, risquer un pavé si gros soit-il: tous les auteurs dont Alban parle ont sans doute bénéficié d’un environnement plus propice, puisqu’ils sont tous à l’étranger. Bien sûr, ils ont commencé presque au pays. Mais leurs plumes ont mûri au-delà de leurs frontières. Sami Tchak, Kossi Efoui, Kangni Alem, Théo Ananissoh par exemple, ont continué en Europe ce qu’ils avaient commencé au pays. Zinsou Agbota, lui, a plutôt été enterré en Allemagne. Peut-être que la motivation n’était plus la même et que l’âge aidant… Bref, cela explique en partie la différence. En partie, car il y a d’autres facteurs…Mais on en discutera à une autre occasion!
    Quant à la fable de Kangni, je crois que l’auteur de Cola Cola Jazz cherche, comme disent les Ivoiriens, trop, quoi! Hééé Togan! L’affaire là, laisse ça pour les initiés. Il y a t-il une autre question?

  12.  
    Atihou. J.B.
    | 14:46
     

    Quels sont ces échanges là, grands frères? La littérature béninoise en route pour le naufrage?
    Pourquoi dites-vous ça, frère Kangni?
    Vous connaissez l’adage: celui qui n’a pas gagné l’autre rive de la littérarure ne doit pas se moquer de celui qui n’a pas encore fait le quart de la traversée. Il y a sans aucun doute des succès littéraires au Togo, mais ce n’est pas une raison pour discréditer notre littérature. Les octégénaires continuent de produire. Ne les enterrez pas vivants!
    Césaire Gbaguidi, c’est bien l’auteur du Rhume de la moralisation? Comment peux-tu être d’accord avec toutes ces méchancetés?

  13.  
    Kangni Alem
    | 22:22
     

    Je voulais un débat, on me dit que je discrédite, bon, le refus de la critique serait-il aussi une particularité des lecteurs de ce blog? Ma remarque n’avait rien d’une morale donnée aux écrivains béninois, au contraire, mais interrogation sur l’utilité même de la critique de Florent, cette division entre littérature féminine et masculine (in fine) me paraissant être une critique injuste. Voilà, c’est tout, maintenant, si quelqu’un veut que je me taise, je suis désolé, je reviendrai encore et encore. bon débat!

  14.  
    Kangni Alem
    | 22:36
     

    Ah, j’oubliais, Zinsou poursuit son œuvre de dramaturge en ALLEMAGNE! ET EN ALLEMAND. Mais le théâtre est un art où l’on se passe d’édition, alors, il publie peu ou plus du tout, mais est toujours théâtralement actif! Il a récemment tenté son entrée en roman (LE MEDUICAMENT, Hatier), mais ça n’a trop pris. Voilà, juste pour répondre à Florent.

  15.  
    Roger SIDOKPOHOU
    | 7:12
     

    Puxa ! ( comme on dit ici au Brésil ) .
    Voilà un débat qui me paraissait parti sur des bases consensuelles , et qui se poursuit maintenant en fanfare , certes pas sur le vibrato des trompettes de la renommée , mais plutôt sur l´air de  » Je t´aime moi non plus  » !
    Et c´est très bien ainsi ! Car un pays où il n´y a pas de débat , est un pays qui s´endort , et laisse la vie , la vie littéraire aussi , s´enfuir à grandes enjambées .
    A qui le mérite ? Sans doute à celui qui a mis le feu , mon ami KA , vieil empêcheur d´opiner en rond devant l´éternel ! Akpé kaka , Kangni !
    Reste l´initiateur , notre Florent national ,qui , en bon vigie sourcilleux de nos cultures , a ouvert la boîte de nos frustrations , en la saupoudrant du poil à gratter qui fait se gratter …tout le monde ! Et il n´y à aucune honte à se dire que parfois , souvent même , cela fait sacrément du bien de …se gratter : qu´est-ce qu´on se sent mieux , après !
    Eh bien , c´est ce à quoi je nous invite , à mon tour , autour de 3 observations.
    D´abord sur le concept de  » littérature féminine » . Mon cher Florent , là , c´était pas très heureux !
    Car enfin , l´Imaginaire , tu le sais bien , ce vieux macho qui n´aime tant que de rappeler à tous , son appartenance au genre masculin , ne supporte sur son champ , le champ qu´il adore cultiver tout seul , qu´une compagne , une seule , l´Inspiration .
    Et l´Inspiration , l´espiègle , la capricieuse , l´exclusive , bref , tu la connais bien aussi , ne se pointe souvent au rendez-vous qu´à l´heure qu´elle s´est fixée , elle , se payant même parfois le luxe , la grâce , dirait-elle , de déserter le champ de l´Imaginaire , lorsque
    l´attention , toute l´attention qui lui est due , n´est pas au garde-à-vous !

    Mais lorsque , miracle des vraies rencontres , ces deux là tombent dans les bras l´un de l´autre , et l´une de l´autre , qu´importe alors la vigueur ou la douceur de la main qui caresse , seul compte l´ivresse du désir , du désir de création .
    Voilà pour le concept de  » littérature féminine  » . Elle aurait été masculine que j´en aurais dit exactement la même chose : la littérature n´a pas de sexe , elle participe avant tout d´un désir de dire , en puisant au plus profond de son inconscient , parfois , de sa mémoire individuelle , toujours , de ses névroses , quelquefois , ce que quelqu´un , quelque part , a besoin d´entendre pour ancrer son appartenance au monde .
    Voilà pourquoi écrire est toujours un cadeau , un cadeau à l´autre , un petit peu à soi aussi , sinon à quoi cela servirait-il d´écrire ?
    Ma deuxième observation est plus factuelle .
    Depuis Ken Bugul , Grand Prix Littéraire d´Afrique Noire en 2000 ( j´évite volontairement de remonter à OBQ , le tout premier , le défricheur , parce que cela risquerait de nous plomber le moral ! ) , la littérature béninoise a faim de reconnaissance internationale . Et d´avoir faim me parait sain : ça booste ! Surtout lorsqu´à côté , juste à côté , à 150 kms de Djonké à Tokoin , d´autres ont su trouver le chemin du grenier .
    Le succès littéraire de Kangni , Sami , Edem et les autres devraient nous réjouir , car le succès , surtout lorsqu´il est si culturellement proche , a ses ressorts qui ne demandent qu´on s´en inspire , tout en restant soi même : la réalité n´est pas une fatalité , car la réalité , on la fait aussi , le désir au front .
    Troisième et dernière observation :
    l´Histoire en général , l´histoire de l´art et de la création aussi , montre que les périodes apparentes d´endormissement sont en fait des périodes de maturation et de préparation à des évolutions significatives et à des sauts qualitatifs majeurs . Il suffit , pour s´en convaincre , de penser à la sortie du moyen âge et de l´obscuratisme européens : quelle Renaissance !
    Mais à chaque fois , aussi , il a fallu un courant de pensée et de génération , dont la conscience arrive à maturité , et qui explose , entraine , et contamine tous ceux qui ont envie d´en être . La littérature béninoise est , me semble-t-il , sur cette voie , avec les Fernand Nouwligbèto , Césaire Gbaguidi , Hilaire Dovonon et bien d´autres encore , à qui je dirais ceci , juste ceci , car les conseils en matière de création littéraire sont paroles inopérantes : osez , osez , et osez encore !
    Et si un jour , le découragement venait à votre rencontre avec sa bouche sucrée , le miel plein la langue , pour vous inciter à abandonner l´ouvrage sur le mètier , courez , et courez lire ou relire  » Lettres à un jeune poète  » , de Rainer-Maria RILKE . C´est la meilleure jouvence que je connaisse , et elle date de 1903 : comme quoi le désir de création n´a pas d´âge !

    A toi de jouer maintenant , mon cher Florent , éclaireur parmi les vigies . Poursuivons le débat , car c´est ce qui nourrit les vocations , et les nourritures intellectuelles ne manquent pas , au pays du …Quartier latin !

    Fraternel  » abraço  » à tous .

    Roger SIDOKPOHOU

  16.  
    Aurélie
    | 14:20
     

    Grand frère Roger, j’approuve point par point ce que vous avez écrit. Pourquoi faire la différence entre littérature féminine et littérature masculine (relisez bien « masculine » et vous verrez que ça passe mal), donc pourquoi faire cette ségrégation? Si l’on doit rester dans cette logique, on parlera bientôt de littérature des handicapés ou des homosexuels ou des mangeurs d’escargots ou des éventreurs de souris. Le ridicule.
    Le problème, s’il concerne la littérature écrite par les femmes, concerne forcément celle animée par les hommes, donc l’ensemble de la production béninoise. Et je ne pense pas, contrairement à ce que dit monsieur Zotti, qu’il y ait péril en la demeure. Il y a des jeunes et ils sont nombreux, qui ont des manuscrits, qui travaillent et les retravaillent à volonté afin d’en faire des textes de grande qualité. Or, nos aînés ne daignent même pas parcourir nos manuscrits qu’on leur soumet sous prétexte qu’ils ont mille et une choses à faire. Je sais que c’est ingrat de faire ce travail de correcteur, mais ça se fait ailleurs, précisément chez les Togolais dont on vante aujourd’hui les mérites. J’ai lu aussi des documents sur la belle fatrie qui existait entre auteurs au Congo aux temps bénis de Sony Labou tansi. C’est cela qui a produit les autres jeunes. C’est cela aussi le conditionnement, l’environnement. Pas les prix littéraires et consorts qui ne créent que des frustrations.
    Moi j’admire toutes les femmes qui écrivent. Elles ont le droit d’écrire des navets, elles ont le droit de se tromper. Ce n’est pas une raison pour les discéditer et dire qu’elles n’ont qu’à aller s’occuper de leurs petits fils!

  17.  
    Atihou J.B.
    | 14:51
     

    Excusez-moi si j’ai été excessif!
    Vous savez, moi je suis prof de lettres et depuis que j’enseigne – ça fait dix ans – je ne ressasse que les mêmes choses: Jean Pliya, O.B. Quénum, lorqu’il s’agit des Béninois, Camara Laye, Sembène Ousmane Birago Diop quand il s’agit des Africains. Vous ne pouvez pas imaginer ma frustration de ne pouvoir enseigner les jeunes auteurs ou moins jeunes qui sont en train de construire le nouveau paysage de la littérature béninoise et qui font entendre parler du Bénin. Et ils sont nombreux: Florent Couao-Zotti bien sûr, Arnold Sènou (quel dommage que personne ne parle de lui alors qu’il est de la même collection que Kangni chez Gallimard), Théophile Nouatin (il est chez l’Harmattan), Blaise Aplogan (J’ai vu qu’il y a un lien sur ce blog), Barnabé Lalèyè (Lisez Une femme dans la lumière de l’aube (Seghers), Mangalor (Seghers), L’odeur du père (L’Harmattan) il est extraordinaire), Roger Sidophohou le blogueur ci-contre, sans compter ceux qui se font publier sur place, Fernand Nouwligbèto, Edgard Okiki Zinsou, Romuald Binanzon, Césaire Gbaguidi. Je n’ai pas encore lu le livre de Dovonon dont ce blog dit si tant du bien…
    Voila, messieurs, il y a tant d’écrivains qui écrivent des choses de qualité que dire que la littérature béninoise est naufragée me semble profondément injuste. Peut-être que beaucoup d’entre eux ne bénéficient pas, comme Couao-Zotti et nos amis togolais, de la publicité de la francophonie (Prix, RFI, TV5, Jeune Afrique et autres). Mais leurs publications gagneraient à être considérées et leurs noms plus familiers dans les analyses.
    Encore une fois, mes excuses pour le ton explosif que j’ai utilisé dans mon intervention précédente!

  18.  
    Césaire
    | 19:18
     

    A M. Atihou J.B.
    Je suis bien Césaire Gbaguidi l’auteur de « Rhume de la moralisation ». Je suis honoré que vous m’ayez lu et appréciez mon travail. Je comprends que vous soyez « retourné » par mon commentaire. Mais en réalité, vous en avez considéré le côté extrême. Je ne dénigre point la littérature béninoise en gestation et partout où je présente mes livres, j’invite toujours les filles à écrire. A la liste d’auteurs que vous avez donné, j’ajouterai Moudjib Djinadou que j’apprécie bcp. Et quand on lit le commentaire de Roger S. ci-dessus, on devine aisément la qualité du contenu de ses livres. Il est d’ailleurs mon parrain littéraire. Mon message s’adresse plutôt aux jeunes auteurs (génération 20-30 ans moi compris) que j’exhorte à vraiment travailler et à se remettre en question. J’ai pris conscience après la préface de mon dernier livre en date « Les Pigeons roucoulent sans visa » par Jérôme Carlos. Je me suis fixé pour objectif d’avoir une édition ascendante et non publier parce qu’il faut publier. En fait, j’exhorte à la patience dans la périodicité de l’édition afin de ne pas manquer le pari de la qualité. Car, lorsque j’échange avec des collègues, je dénote de l’auto-satisfaction à leur niveau. Voilà pourquoi je dis « soyons mélioristes ». C’est sans doute subjectif mais c’est sous cet angle que je vois les choses.
    Je serais enchanté d’entretenir une correspondance privée avec vous et pourquoi pas vous rencontrer à mon prochain passage à Cotonou si vous y êtes. Mon mail : cesairegbag@yahoo.fr
    Cordialement

  19.  
    Kangni Alem
    | 19:48
     

    Flo, j’ai posé quelques questions graves aux auteurs béninois sur les problématiques qu’ils me semblent fuir. Tout mon texte est parti en spam, je n’en reviens pas!

  20.  
    | 18:11
     

    A Kangni,:je cherche et je traque le texte qui s’est égaré dans les spams, je n’en ai pas encore vu la trace. Envoie-moi le alors directement. Foutu blog! Je pensais avoir fini avec ces fuites et ses infidélités. Va falloir consulter mon webmaster qui va encore me taxer! Si le confort est à ce prix, pourquoi pas?

    Qui est cet aimable Atihou? En tout cas, il fait d’une pierre deux pans. J’adore aussi la manière dont Aurélie s’attaque aux « aînés » à qui elle tend son ou ses manuscrits et qui refusent de les prendre. Et Kangni qui met les deux littératures dans le même cercueil.
    C’est vrai que cette division n’a aucun sens. Mais les spécialistes qui veulent voir de près de quoi sont compables les femmes, et qui sont financés par les istances de l’ONU préoccupées par les histoires de genre et consorts, nous rebattent les oreilles avec ça. J’ai parlé d’Unité de Valeur sur cette littérature initiée en 1988 -quand j’étais en quatrième année à l’université – par le professeur Huannou. Et pour moi, cet article permet juste de faire le point de ce que produisent nos nénettes.
    La littérature béninoise en général, je le reconnais, est dans une position inconfortable. Mais ainsi que le soutient notre ami prof de lettres Atihou, il y a lieu des pistes, des centres d’intérêt qu’il ne faut pas négliger. Avec l’argumentaire qu’il a dévéloppé sur tous ces auteurs ! C’est cela l’intérêt de ce blog: faire avancer la discussion!

  21.  
    fifavi
    | 23:17
     

    La littérature béninoise ! Mon Dieu ! quelle littérature…

    Je rends un hommage sincère aux vrais inventeurs et aux premières inventions.

    Puis je rends hommages aux bonnes intentions.

    Je suis Lègba : laissez- moi entrer dans le couvent, je suis resté trop longtemps assis au dehors.

    A part Florent Couao –Zotti qui se bat, tout seul, des mains et des pieds, pour donner un nouveau souffle à notre littérature, à part la pauvre Ken qui a donné son cœur, son corps, ses émotions et ses livres mélopées à un Bénin trpo ingrat pour le lui reconnaître, à part Camille Amouro, un Rimbaud mal connu, à part le jeune Sènou Arnold à peine réveillé de son premier rêve d’auteur, je peine à voir des écrivains au Bénin, parlant de la génération actuelle, et j’en ai les larmes aux yeux…
    Qu’on m’excuse parce que je me suis positionné à l’extrême bout du jugement, mais je ne saurais me pardonner à moi-même un manque de sincérité :
    Elle est vide notre littérature actuelle : j’y cherche en vain le poète, le vrai ! Et je ne le trouve pas ! J’y cherche en vain le dramaturge, le vrai et je ne l’y trouve pas ! À l’horizon des illusions de romanciers, sans invention, de la littérature administrative en surabondance, de la littérature alimentaire en floraison, de la littérature sans littérature.

    ***

    Notre littérature n’inspire aucun écrivain. Notre littérature n’influence aucune littérature. Personne ne brûle de l’encens en notre honneur, comme pour Sony LABOU TANSI, comme pour CHIKAYA U TAM’SI, comme pour les auteurs de la négritude… Non pas parce que l’on n’est pas imitable, mais parce qu’il n’y a rien à imiter…
    Le souffle, la ferveur, la chaleur, l’intense passion, ce feu volcanique qui fait à la littérature ce qu’un tremblement de terre fait à la terre, cette tempête qui secoue les génies de l’art des mots et qui fait de la littérature un art mâle qui s’ancre dans le dynamisme même de l’évolution de l’esprit humain et du langage, ce souffle n’est nulle part dans notre littérature, nulle part chez nous.
    Ici, chez nous, il n’y pas de Prométhée… Si j’exagère, qu’on me montre le voleur de feu !

    ***

    Ceci est valable aussi bien pour la littérature mâle que femelle :
    J’avais cru voir une pépinière de vraies femmes auteurs lorsque KAKPO Mahugnon (il n’aime pas qu’on l’appelle Thomas, le prénom du colonisateur) publiait en 2000, je crois, son anthologie de poésie « Ce regard de la mer » où, entre autre, de jeunes étudiantes rendaient un hommage éblouissant à la poésie par des textes vibrant d’émotion créatrice… Où sont-elles passées, ces jeunes amazones en qui j’avais planté la fleur d’un espoir pour la littérature béninoise ? se seraient-elles mariées ?

    La littérature ne nourrit pas son homme, comment nourrirait-elle sa femme ?

    Et nous le savons tous, les femmes ont une préférence pour le miel qui coule à flot des mains oisives… Oh ! La douce saveur de la facilité ! ce n’est pas en littérature qu’il faut la chercher. La réussite en littérature chez nous est d’une âpre sauvagerie. Même Florent Couao-Zotti boit son pot au lait dans des mains d’albâtre : s’il attendait sa part de galette ici, il aurait crevé de faim, non que dis-je ! il aurait crevé de soif, car la littérature chez nous est un soleil où l’on a toujours soif. N’est-ce pas Florent ? une terre où l’on a toujours faim…

    ***

    Et je dis ceci à Toi ô sphinx de Lomé, mon cher Kangni :
    Ce qui est valable pour la littérature béninoise, l’est aussi pour la littérature togolaise. La littérature béninoise et la littérature togolaise sont des époux d’un même drap. Ils sommeillent ensemble, ils rêvent ensemble, ils font pipi au lit ensemble, ils s’accouplent pour donner naissance aux mêmes enfants tohossou, une littérature naine qui se donne des airs de géant. Machinalement, pousse la souris de ton ordinateur à copier et à coller la critique, non ! plutôt à couper et à coller ! là où j’ai mis Florent C., il suffit de mettre Kangni ou Kossi Effoui, ou quelqu’un qui mérite cette place… Tellement nous nous ressemblons, ô mon frère jumeau, toi Kangni ô sphinx de Lomé ! si tu dis que nous sommes en cercueil, c’est que nous seront enterrés ensemble…

    Non ! Levons-nous ensemble pour donner à notre littérature la vitalité des princes d’autrefois

    Ecrivains, mettez le feu ! je veux du feu ! du feu ! du feu ! de feu ! Hêviosso !
    Césaire, mets le feu !
    Mathias, mets le feu !
    Arnold sènou, mets le feu !
    Théophile Nouatin, mets le feu !
    Fernand Nouwligbèto, mets le feu !
    Edgard Okiki Zinsou, mets le feu !
    Romuald Binanzon, mets le feu !
    Césaire Gbaguidi, mets le feu !
    Hilaire Dovonon, mets le feu !
    Roger Sidokpohou, mets le feu !
    Barnabé Lalèyè, mets le feu !
    Florent COUAO-ZOTTI et KANGNI (ô Sphinx de Lomé, tu es un Béninois vétéran ! Hi ! hi ! hi ! un Africain… Hi ! hi ! hi ! ), mettez la foudre…
    Jeunes écrivains, vous tous qui portez la flamme des mots, mettez la foudre ! je veux de la foudre ! de la foudre ! de la foudre ! de la foudre ! Hêviosso !

  22.  
    Roger SIDOKPOHOU
    | 4:57
     

    Ouaoh ! Quelle flamme , quelle fougue , quelle passion , et surtout , quelle veine… d´écrivain ( e ) ! Tu vois , Florent , qu´on sait pas toujours…!
    Voilà en tous cas qui nous donne raison d´espérer , et mieux , de vibrer , comme j´ai vibré à la lecture de ces lignes .
    Fifavi , ( qui sonne comme Fidjrossè … tout un destin ! ) est assurément des nôtres , comme il n´est pas possible…de ne pas en être !
    J´ai adoré ! Que dis-je ? J´ai aimé !
    Et j´en redemande , feu de Dieu !

  23.  
    | 17:02
     

    On n’a pas attendu ton slogan, ma gentillette, pour mettre le feu. Chacun à sa manière. Avec un briquet, une allumette ou une torche enflammée. Un dicton dit: « On tue un gros ou un petit serpent selon la lourdeur du bâton qu’on a ».
    Pour revenir à cette absence d’étincelle, ce feu qui en appelle un autre, qui finit par faire naître le flamme et dont la propagation embrasera les autres espaces de sécheresse intellectuelle, je dirai que tu as raison.
    C’est vrai qu’il y a, au Togo, une nouvelle génération d’auteurs, qu’il y a un renouvellement naturel, que de nouveaux acteurs se font remarquer sur la scène internationale: je ne sais pas s’ils suscitent ici et là des vocations, je ne sais pas si leurs paroles, je veux dire leurs textes, pèsent, s’ils ont une dynamique qui renverse les clichés, qu’on dise qu’il y a un avant et après. « Un avant ou après Kangni Alem », par exemple. Ou un « avant ou après Efoui ». Comme on le disait de Sony. Certes, à chaque génération il y a une ou des icônes à partir desquelles on identifie une production, des icônes qui entraînent les autres et font rêver tous.
    Mais pour que cela arrive, il faut un minimum de consensus. Consensus pour un environnement plus propice, une solidarité entre auteurs, moins de clans, moins de pavillons, plus d’échanges, de la complicité. Qu’on se voie – savez-vous que ce sont les blancs ou leurs sous qui nous réunissent généralement et cela à l’occasion des festivals, résidences, rencontres, ect ?-, qu’on discute, mes chers, qu’on partage, qu’on s’envoie les infos, que les textes circulent entre nous, que des événements organisés par les nôtres, nous réunissent: la force impose le respect. Le respect nourrit la dignité…
    Oui, le feu, on le met, mais il n’embrase encore aucun espace. Parce qu’on n’a pas fini de balayer devant chez nous, on n’a pas fini de réunir les ingrédients, les vrais pour donner chair à nos rêves!!

  24.  
    Kangni Alem
    | 16:25
     

    Florent, dis simplement la vérité à Fifavi : le jour où nous n’aurons plus besoin de courir après les éditeurs parisiens ou londoniens, ce sera l’incendie! En attendant, nous éclairons le paysage avec l’éclat de nos dents. C’est si peu, même avec la meilleure dentition du monde.

Laisser un commentaire