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Emmanuel DONGALA: quand la littérature occupe L’écran

Posté le 27 novembre 2007

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Il est remarquable par son éternel sourire, Emmanuel Dongala. Autrefois, une barbe fournie lui mangeait la moitié du visage. C’était aux temps des héros révolutionnaires à la Che et à la Castro qui séduisaient la jeunesse par leurs actions autant que par leurs idées. Une époque euphorique qui a inspiré à l’auteur congolais son premier roman Un fusil dans la main un poème dans la poche publié en 1973. Trente ans après, l’utopie révolutionnaire a laissé place aux délires effoyables des apprentis sorciers et aux folies meurtrières des chefs de guerre. Avec Johnny Chien méchant paru en 2002, Emmanuel Dongala décrit la descente aux enfers d’une enfance instrumentalisée en horrible machine à tuer. Un roman violent aux accents apocalyptiques qui vient d’être porté à l’écran par Mathieu Kasovitch dans une réalisation de Jean Stéphane Sauvaire. A Jeonju (Corée du sud) où nous étions dernièrement, l’occasion était trop belle pour que, là-dessus, Manu subisse notre curiosité. 

Faire un film à partir d’un livre est une véritable aventure. Comment s’est faite la rencontre avec le réalisateur ? 

C’est une longue histoire. Juste après la sortie de Johnny Chien méchant en 2002 (Le serpent à plumes), un acteur français, Richard Bohringer a découvert le livre et en a lu des extraits à l’occasion d’une soirée littéraire à Paris. Puis, il a contacté Mathieu Kasovicth et lui a dit que ça pourrait être un sujet intéressant pour un film. C’est allé ensuite très vite. Ils ont alors contacté Pierre Astier, mon éditeur à l’époque qui a négocié les contrats puis les a signés. 

Mathieu Kasovitch est un cinéaste très entreprenant. Après les débuts remarqués en France avec La Haine, il s’est tourné vers Hollywood avec Gothika, un triller psychologique un peu hasardeux (avec pour vedette la sémillante Halle Berry), qui n’a pas vraiment fait recette

Mathieu Kasovitch a une réputation à défendre. En fait, ce n’est pas lui, le réalisateur du film, mais le producteur. La réalisation est signée Jean Stéphane Sauvaire, un cinéaste connu pour ses documentaires chocs sur les enfants des rues de l’Amérique latine. Johnny mad dog est sa première grande fiction. 

J’ai appris qu’il y avait d’autres studios d’Hollywood qui étaient intéressés… 

Alors là, c’est incroyable. Dès que le livre a été traduit en Anglais sous le titre de Johnny mad dog, j’ai reçu des appels continus et pressants d’un grand studio qui voulait absolument racheter les droits d’adaptation. Des sommes invraisemblables ont été mis en jeu. Certes, je me serais enrichi, mais connaissant la marque de fabrique de Hollywood, il était certain qu’ils allaient peut-être défigurer l’esprit du roman avec des explosions continues et de la surenchère comme ils en ont l’habitude…bref, je n’allais pas reconnaître mon œuvre. 

2003 et 2007, il a fallu quatre ans pour que le film soit tourné. Ce n’est quand même pas une production africaine… 

Oui, mais nous sommes dans une industrie où les choses ne s’enchaînent pas au rythme que l’on souhaite. Certes, le film aurait pu être tourné en 2005 ou en 2006, mais ce qui a posé problème, c’est la nature même du projet. Sauvaire, le cinéaste était convaincu qu’un tel film devrait être tourné dans un pays qui a effectivement connu la guerre civile, avec des enfants soldats plus vrais que nature et dans leurs propres rôles. Fallait, non seulement trouver le pays d’accueil, mais aussi faire un casting qui soit extrêmement pointu. Finalement après avoir parcouru trois pays, Congo-Brazza, Sierra Leone, Liberia, ils ont décidé de tourner au Liberia. 

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A l’époque tu m’avais dit que Djimon Hounsou devrait jouer un grand rôle. 

Oui, mais finalement, la production est restée fidèle au choix de départ : ne travailler qu’avec des ex-soldats, ceux qui ont vécu la guerre de l’intérieur. Ça donnerait une touche plus authentique à leurs prestations. Stéphane est resté pendant trois mois à Monrovia. Pour travailler avec les comédiens, s’imprégner de leurs anciennes habitudes de small soldiers, avec tous les détails y afférents. Mais le plus difficile a été de faire sortir les armes et de simuler des combats pour des tournages en extérieur. En ce moment-là, le Libéria était sous tutelle onusienne et les questions aussi pointues comme celles de la manipulation des armes – fut-elle à des fins artistiques – requiert l’autorisation de l’administration des Nations Unies. Et vu la bureaucratie qui caractérise cette institution, on imagine la lenteur et le temps que ça aurait pris. Heureusement, il y a eu les élections et madame Johnson la présidente élue a pu autoriser l’équipe à tourner. 

Justement, comment s’est fait le tournage ? Tu as été à Monrovia ? 

Non, mais j’étais informé des détails. Jean Stéphane était merveilleusement surpris par les prestations des ex-enfants soldats. Ils étaient disciplinés et suivaient à la lettre ses consignes. Bien-sûr, ils ont été déjà démobilisés depuis la fin du conflit, mais ils en ont gardé des gestes et des habitudes. Et le fait de les remettre dans ce bain a permis de créer l’univers psychologique du film. L’anecdote du tournage, c’est que comme ces ados étaient payés chaque semaine, ils allaient claquer l’argent dans les bars avec les filles. Le réalisateur a donc décidé de leur ouvrir des comptes en banque pour qu’ils se constituent des cagnottes. Résultat : à la fin du tournage, il y en a qui se sont achetés des taxis. 

    Dis-moi, quel est le budget du film ?  

Je n’en sais rien, mais ça devra coûter cher. 

  La sortie en salle en France est prévue pour quand ?    

Courant 2008, il est possible qu’il figure dès ce printemps en sélection officielle à Cannes.  

Pourquoi sortira-t-il sous le titre de Johnny Mad dog ? 

C’est sans doute un clin d’œil à l’espace anglophone et surtout aux Etats-Unis. Le livre a été cité, par New York Times, comme faisant partie des cinq meilleurs romans en 2006. 

As-tu vu les images, quelques rushs ? 

Non, mais j’ai vu des photographies prises lors du tournage. 

Tu n’es pas curieux de savoir ce que ton livre est devenu sur écran ? 

Bien sûr que oui, mais les choses se feront au moment venu. 

J’imagine que tu as de l’appréhension par rapport à une éventuelle fidélité à laquelle pourrait manquer le réalisateur… 

Tu sais, dans un film, on ne peut pas tout dire, tout restituer. Si des détails qui s’étalent sur dix pages peuvent être résumés en une minute sur écran, il y en a d’autres dont on ne pourrait pas tenir compte. L’essentiel, c’est que l’écriture cinématographique soit à la hauteur du sujet littéraire. Et pour ça, j’attends de voir, même si j’ai reçu de l’assurance de la part du producteur. 

Justement Parlant de littérature, qu’est-ce que tu as en chantier en ce moment ? Johnny chien méchant est sorti depuis cinq ans… 

Moi, je n’écris pas comme vous autres (rires). Entre deux publications, il peut s’écouler cinq ans, voire huit. A chacun son rythme. Et d’ailleurs, pourquoi être pressé ? Mon prochain roman, puisque tu veux m’arracher les verres du nez, est en cours. Il porte sur les femmes. 

Les femmes, rien que ça ? 

Oui, mais je n’en dirai pas plus. D’ailleurs, si je me suis inscrit à ce panel de « women » [ c’est l’une des trois sections de réflexions au cours du « festival Asia-Africa literature » ] c’est pour ouvrir larges mes oreilles et me nourrir des histoires de femmes. 

         Propos recueillis à Séoul, 12 novembre 2007. 

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Une scène du film

9 commentaires pour « Emmanuel DONGALA: quand la littérature occupe L’écran »

  1.  
    | 18:53
     

    Césaire Gbaguidi a écrit:
    Merci de me faire découvrir davantage Emmanuel D. Cet article me ravit
    car ce grand monsieur de la littérature aricaine a publié son premier
    livre quand je naissais. Comme on le dit en Arique « il a eu tout le
    temps de voir plus loin que nous qui sommes assis ». C’est bien que ce ilm
    ait été réalisé. Espérons qu’il conscientisera les seigneurs de la
    guerre. Je souhaite vivement que « Charly en guerre » passe sur les écrans.
    Qui reste en eet insensible à la belle plume de F.C.Z?

  2.  
    | 19:00
     

    J’espère plutot que ce film montrera les monstruosités de l’instrumentalisation des enfants en machine à tuer!!!

  3.  
    Aurélie
    | 19:35
     

    Mais au fait, monsieur Dongala, j’ai lu dans la presse – il y a longtemps de ça – qu’un de vos livres, ce n’est pas Johnny – devrait être mis à l’écran. Qu’est devenu ce projet? Et volà qu’on annonce un autre. En tout cas, j’espère que ce ne sera pas un éléphant blanc.

  4.  
    Christelle
    | 19:41
     

    Lectrice assidue de l’oeuvre de Dongala, je ne doute pas que cette adaptation soit excellente. Je ne connais pas Jean Stephane Sauvaire, mais j’ai entendu parler, par contre, de Mathieu Kasovitch. Si cette adaptation peut contribuer à faire connaître davantage le livre…

  5.  
    Alban
    | 19:46
     

    Question indiscrète, cher Emmanuel Dongala?

    Combien coûte un achat de droits d’adaptation? Est-ce une cession formelle ou est-ce seulement lorsque le film est réalisé que l’auteur est remunéré selon des pourcentages prélevés sur les droits d’entrée, c’est-à-dire les billets d’entrée?

  6.  
    Mathias
    | 19:51
     

    J’attends avec impatience le prochain roman de Dongala. Je sais qu’il met beaucoup d’années pour en écrire. Il dit que cela portera sur les femmes. Tant mieux, on aura un peu plus de douceur qu’avec Johnny chien méchant que je trouve trop violent.

  7.  
    Aurélie
    | 19:57
     

    La littérature sur les enfants soldats est devenue un fond de commerce pour écrivains, artistes, musiciens et autres depuis que l’ONU a engagé des fonds pour combattre le phénomène. Et tout ce qui est financé par l’ONU suscite du buisness et devient une filière d’enrichissement pour les intermédiaires des programmes d’aide à l’insertion des small soldiers. C’est pour cela que je me méfie des créations qui se font atour.

  8.  
    Mathias
    | 20:01
     

    Et que diras-tu du petit roman de Florent Couao-Zotti, Charly en guère, publié dans les années quatre-vingt dix sous le titre de Un Enfant dans la guerre? Du buisness aussi? Faut pas exgérer!

  9.  
    Aurélie
    | 20:05
     

    Buisness ou pas, je ne l’ai pas lu. Et s’il m’intéressait, ce texte, je l’aurais parcouru. C’est incroyable dans ce blog, on peut jamais avoir un avis contraire de ce que pense tout le monde! Qu’est-ce qu’il y a?

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