Jeonju: Des écrivains et des hommes

Posté le 11 novembre 2007

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 Lewis Nkossi, le sud-africain et l’Egyptienne Salwa Bakr

Donc, on y était tous, écrivains africains, anglophones, francophones, lusophones, arabophones. En face, une quarantaine d’auteurs étiquetés <>, qu’ils soient sri-lankais, vietnamiens, yéménites, chinois, thailandais et bien-sur, coréens. Au total, près d’une centaine d’écrivains, venus des zones de conflits aussi minées que l’Irak, ou des pays aussi petits et si peu repérables sur la carte que la…Guinée équatoriale.

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La belle ville de Jeonju – cité historique située à trois heures de bus de Séoul – a mis les petits plats dans les grands pour que la  cette rencontre << Asian and African writers>> soit la plus belle et la plus intelligente possibles.

 Côte intellectuel, rien de nouveau sous le soleil. Les festivaliers ont discuté dans trois panels différents: la question des disaporas et des conflits, le problème des langues, l’univers des femmes.
Les débats, presque toujours consensuels – hormi ceux concernant les zones de crises où les passions ont provoqué par moments des tensions – ont permis a chacun de mesurer l’impact, voire l’influence nuisible auxquels sont encore assujetis les peuples du tiers monde. On devine aisément à qui on fait allusion, l’ogre occidental. Et c’est vrai que, du Rwanda a l’Irak, de la Palestine au Congo, les griefs contre <>, les <>, les <> sur des économies fragiles, ne se comptent plus. Dans un passé récent ou dans l’actualité brûlante, les blessures sont là et continuent de nourrir les pessimismes les plus têtus quand ce n’est pas tout simplement de la haine.
Chez les femmes, la vedette incontestable a été Nawal El Saadawi, la passionaria des lettres égyptiennes, féministe redoutée des frères musulmans et tous les barbus de la même pilosité. Soixante dix ans de militantisme ne lui ont pas enlevé la moindre énergie. Entière et arquée sur sa logique de militante de première heure, celle à qui les islamistes ont demandé d’abandonner les lettres sous menace de fatua, a témoigné sur ses conflits avec les hommes, jusqu’aux trois maris qu’elle a eus. Au deuxième époux qui s’inquiétait des tollés que ses prises de position publiques soulevaient et qui lui avait demandé de jeter sa plume, elle n’a pas hésité un instant  » une minute » a-t-elle précisé, de divorcer d’avec lui. Mais l’honorable dame a été tellement marquée par sa propre expérience qu’elle est persuadée qu’il n’y a aucune concession à faire aux hommes, y compris, la…coquetterie. Indignation de Ken Bugul, la bénino-sénégalaise qui estime qu’être coquette n’est pas synonyme de volonte de séduction, et que se faire belle n’est pas un appel de pied en direction des hommes. Ce qu’approuve l’ivoirienne Fatou Kéita qui pense qu’être coquette n’est pas une stratégie de conquête et que le débat se situe ailleurs. C’est vrai qu’à trop vouloir agiter la dentelle, on en perd ses bretelles…Amusé, Manu – Emmanuel Dongala – me dit que toutes ces discussions lui fournissent de la matière pour le développement de son roman en chantier qui porte sur, justement, les…femmes.
Ce que je déplore dans ces genres de messes intellectuelles, c’est le fait que certaines africaines fassent, de manière systématique, le listing exhausitif des malheurs dont les femmes sont victimes dans leurs sociétes. Une poétesse du Lesotho, Halejoetse Hale qui était a côté de moi a dressé un bilan catastrophique des problèmes de ses concitoyennes dans son pays. Féministe jusqu’au bout du poil, elle ne parle pas de son roi – jeune homme a la braguette un peu trop voyante – qui s’autorise des droits de jambage sur pas moins de cent nymphettes à la fois- mais préfère jeter la pierre aux violeurs de petites filles, à l’Etat qui  a abandonné les sidéennes à leur sort, à la pauvreté qui frappe les femmes des campagnes, bref, de l’apocalypse raccourcie…et qui colore encore plus en noir le visage déjà bien terne du continent.

La déclaration finale du festival est, comme toutes les déclarations qui clôturent ces genres de célébrations, un catalogue de bonnes intentions. Nécessité pour les écrivains des deux continents de se retrouver de manière périodique, d’échanger sur leurs expériences communes, de maintenir la veille, de se situer dans la droite ligne de ce qu’avaient été leurs devanciers…j’ai retenu, moi, une phrase qui peut paraitre anodine: le festival a été organisé sans le moindre wuan versé par les traditionnelles puissances de l’Occident. Ici, il n’y a pas eu les remerciments obligés que l’on adresse souvent au ministère français ou britannique de la coopération « qui a bien voulu nous gratifier de.. »
Pour des gens qui ont appris, depuis des decennies, à ne compter que sur eux-mêmes, cette indépendance d’esprit et des finances n’est que dans l’ordre normal des choses. C’est l’une des lecons de ce festival. Une des leçons que ces Coréens, hommes fiers et travailleurs, ont voulu administrer au monde, principalement aux africains et aux arabes très peu propices à accorder aux lettres et aux activités de l’esprit la place qu’elles méritent.
Rendez-vous l’année prochaine où déjà? au…Bénin? Pourquoi pas?

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L’affiche du festival.

3 commentaires pour « Jeonju: Des écrivains et des hommes »

  1.  
    Césaire Gbaguidi
    | 11:19
     

    C’est vrai que les conditions des femmes ne sont guère reluisantes dans nonmbre de régions du monde, mais je pense qu’il faut être modéré dans la lutte pour l’émancipation de la femme, comme l’ont fait Ken Bugul et Fatou Keita. Emmanuel Dongala, est-ce l’auteur de « Tourbillon »? Belle plume en tout cas !

  2.  
    | 12:11
     

    Emmanuel Dongala est un auteur congolais qui enseigne la chimie organique aux Etas Unis. C’est un auteur majeur de la littérature africaine, plutot discret, mais fort intéressant. Dans notre prochain article, il sera longuement question de lui…

  3.  
    BARKA K . Abalo Mathieu
    | 22:23
     

    bonjour.
    j’ai passai le concour de la gedarmerie et notre dictée portais sur votre roman le dealer manchot,cotonou,star edition,2008 pages 151 et 152.je n’es pas le roman et je ne sais oû trouver le roman.cest pour quoi je vous écrit pour avoir les pages de ce roman et son résumé si c’est posible.je suis au bénin(Natitingou).j’aime la lecture si vous pouver m’envyer des choses à lire,sa me fera plaisir.

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