Béhanzin entre Jean Pliya et Tola Koukoui.

Posté le 7 novembre 2007

Quand Tola KOUKOUI, l’inusable metteur en scène – dont le talent se confrontre, depuis une quarantaine d’années, aux différents textes venus de tous les horizons – m’a parlé pour la première fois de son envie de créer Kondo le requin, je lui ai laissé entendre mon étonnement.
D’abord parce que j’estime que Kondo le requin, qui est signé d’une de nos meilleures plumes, Jean Pliya est une pièce un peu trop ronflante et inutilement lourde.
Ensuite, parce que les fresques historiques exigent un grand déploiement de personnel technique et le recrutement d’un nombre important de comédiens. Une option difficilement réalisable quand on sait qu’en ces temps de disette, l’absence du financement du culturel est devenue la chose la mieux partagée au Bénin. Et entre le milliard de CFA concédé par le chef de l’Etat pour la culture et les appétits gloutons qu’une telle manne sucite déjà, il y a fort à parier que les perspectives pour la vie artistique future seront émaillées de violents faits divers.
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Mais Tola KOUKOUI qui est un homme qui joue à se faire peur et à se lancer tous les défis – avec parfois, un goût avéré pour l’auto flagelation – a décidé d’ouvrir ce chantier.  Petit a petit et en dépit de cet environnement difficile, l’un des plus expérimentés metteurs en scène africains s’est mis a la tâche.
Forte d’une quarantaine de comédiens et et de vingt trois techniciens, cette création se révèle comme l’une des plus grosses productions théâtrales de ces dernières années au Benin. On imagine ce qu’ont été les séances de répétition. On devine ce qu’ont été le stress et la pression sur les comédiens. Surtout qu’à l’approche de la première, les choses avaient l’air de ne pas beaucoup avancer. Puis, comme cela se fait toujours avec Tola, le miracle s’est produit.
Le miracle, parce que le spectacle mérite bien le vocable de création. C’est une lecture assez vivante et colorée du texte de Jean Pliya, une lecture éclairée par le parti pris dramaturgique de Tola qui a décidé d’en faire un spectacle total, de lui donner une dimension a la fois pédagogique.
Le miracle aussi, parce que la création restitue avec bonheur tous les fastes de la cour royale d’Abomey avec le rafinement et les civilités dahoméens. Elle met en evidence l’étiquette des corps constitués du royaume, la hiérarchie sociale, la place des femmes, surtout le rôle dévoué aux fameuses amazones).

Le miracle enfin, parce que les danseurs ont tenu promesse. Avec une chorégraphie riche et variée. Qui se decline sur tous les tons et sur tous les thèmes. Par exemples, les rituels liés a la transmission du pouvoir, l’allégeance au nouveau roi ou la guerre contre l’ennemi blanc.
Pour leur part, les comédiens ont pu faire ressortir les sentiments de crainte, d’admiration et d’interrogations que leur inspirait ce roi belliqueux. Un roi au rôle à la fois grandiose et ingrat que les événements et l’histoire lui ont fait porter.
Pour l’incarner, Tola Koukoui a fait un cast inattendu: Nicolas Houénou de Dravo. Le comédien, inconnu dans ce registre, a plutot surpris. Bien qu’il n’ait pas la carrure de Behanzin, que son physique soit loin de ce qu’on peut s’attendre a voir, il réussit admirablement à incarner le roi avec une intensité et une force intérieure exceptionnelles. Sa puissance, c’est l’autorité de sa voix, c’est sa manière d’écraser du regard ses interlocuteurs, ce sont ses sourires graves et sarcastiques et ses sorties spectaculaires. Avec lui, on vit la gloire et aussi la chute de Béhanzin. Avec lui, on passe à toutes les phases du règne du requin avec beaucoup d’émotion, jusqu’a l’instant final, le discours d’adieu.
Car Béhanzin était un roi qui avait une lucidité implacable sur la gestion des hommes et du royaume du Danxomen. Il bousculait les traditions autant que les préjugés. Il multipliait les erreurs autant que la haine dans son propre camp. Mais c’était un dirigeant qui comptait trop sur la force des armes que sur les vertus de la diplomatie. Quand il comprendra la vanité des soutiens de ses proches et la fausseté des anciens alliés de son père – les yovos – il sera tard. La guerre était dejà aux portes du palais.
On peut déplorer toutefois la longueur du spectacle, les moments de chute et parfois de distanciation due aux flottements inhérents à toute création nouvelle. On peut également s’interroger sur la construction classique de cette représentation. On me dira peut-être que c’est du « Tola ». Mais le Tola classique aura parfois besoin du Tola délirant pour tracer à ses créations de nouveaux contours moins conventionnels et plus….délirants.

 

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6 commentaires pour « Béhanzin entre Jean Pliya et Tola Koukoui. »

  1.  
    Césaire Gbaguidi
    | 11:14
     

    J’ai vu un extrait de Kondo le Requin. C’est une belle mise en scène, très riche en couleurs comme l’écriture de Florent C.Z! On ne peut que dire félicitations à Tola Koukoui et souhaité une bonne tournée à tous les talentueux comédiens. Cette pièce de théâtre parlant de la figure qu’est B^éhanzin éveillera davantage, je l’espère, la conscience des gouvernants sur l’importancede la culture au Bénin.

  2.  
    | 12:29
     

    Ouais, une belle mise en scène, mais trop, trop classique. Enfin, Tola a son style. Et souvent, je suis partagé entre son désir de faire le théâtre à la papa et son besoin d’aller loin dans son envie de créativité. Bon, ne boudons pas notre plaisir.

  3.  
    stanislas
    | 20:19
     

    je suis beninois et je veux savoir plus sur behanzin

  4.  
    | 13:26
     

    Mon cher Stanislas,

    Il y a de très beaux sites sur le roi GBEHANZIN, les plus importants sont: http://www.djime.com; http://www.fortdefrance.fr/
    il y aussi des études intéressantes sur le personnage: il y a notamment Gbehanzin du professeur Adrien DJIVO publié par Ibrhaima BABA KAKE. Bonnes découvertes!

  5.  
    Amel
    | 23:20
     

    Salutations,
    je suis étudiante en Master2 d’études culturelles à l’université Paul Valéry de Montpellier, le sujet de ma recherche a pour objet (le roi Béhanzin), donc je demande de l’aide à qui pourrait avoir des informations.
    Mon projet est plus culturelle que historique, je veux parler de Béhanzin entre trois monde (Afrique sub saharienne- Antilles- Algérie), en m’appuyant sur des articles, des documentaires, des romans…etc
    Et surtout ce qui me turlupine en ce moment c’est que je n’arrive pas à trouver le film ( l’exil du roi Béhanzin).
    Voila donc si vous pouviez m’aider, surtout entant que Béninois, c’est pour perpétuer la mémoire de votre grande figure emblématique.
    Voici mon mail: Calamity_amel@hotmail.fr
    PS: il faut me mettre l’objet ( Béhanzin) car je n’ouvre pas tous les mails.
    Merci

  6.  
    Pa
    | 17:36
     

    Cherche encore!

    Salut
    Pa

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